Israël proclame frontière internationale les limites de Gaza

Jérusalem — Israël a proclamé unilatéralement hier frontière internationale les limites le séparant de la bande de Gaza, établissant formellement pour la première fois une frontière avec un éventuel État palestinien.

Le décret signé par le ministre israélien de l'Intérieur, Ofer Pines-Paz, transforme quatre points de passage entre Gaza et Israël en postes-frontières. «Pour Israël, il s'agit désormais d'une frontière internationale», a précisé une porte-parole du ministère.

Les quatre points de passage «sont désormais considérés comme des passages d'une frontière internationale, et les gens qui les franchiront le feront exactement selon les mêmes modalités que celles prévalant au pont Allenby [sur le Jourdain, reliant Israël et la Jordanie] ou à l'aéroport international Ben Gourion de Tel-Aviv», a expliqué Sabine Haddad, porte-parole du ministère de l'Intérieur. «Cela signifie que les étrangers et les ressortissants israéliens venant de Gaza vers Israël seront soumis aux lois régissant l'entrée sur notre territoire, c'est-à-dire qu'ils devront présenter un passeport qui sera estampillé», a-t-elle précisé.

Les rares Palestiniens autorisés à se rendre en Israël pour travailler ou suivre des traitements médicaux seront toujours soumis à des permis de sécurité.

Les dirigeants palestiniens ont minimisé la portée de ce décret. «Je ne pense pas que l'on puisse la classer en droit comme frontière internationale parce que l'occupation de Gaza n'est pas terminée», a déclaré le négociateur palestinien Saeb Erekat. «Je pense que les frontières internationales ne pourront être fixées qu'une fois achevées les négociations sur le statut définitif des frontières», a-t-il ajouté.

L'armée israélienne a évacué la bande de Gaza le 12 septembre, mais Israël conserve le contrôle de l'espace aérien et maritime de Gaza et a fermé le point de passage entre le territoire palestinien et l'Égypte pour les six mois à venir.

Le président palestinien Mahmoud Abbas a opposé une fin de non-recevoir hier aux médiateurs internationaux qui l'avaient invité la veille à désarmer les groupes radicaux armés pour se concentrer sur le processus politique.

«C'est notre affaire. Nous sommes mieux à même et plus capables que d'autres de nous charger de nos frères», a-t-il déclaré lors d'une tournée d'inspection à Rafah, à la frontière entre Gaza et l'Égypte.

Au terme d'une réunion mardi soir à New York en marge de l'Assemblée générale des Nations unies, le «quartet» composé de l'ONU, des États-Unis, de la Russie et de l'Union européenne avait demandé aux autorités palestiniennes de «démanteler les capacités et les infrastructures terroristes».

Les médiateurs internationaux, à l'origine de la Feuille de route, seul plan de paix actuellement sur la table, se sont toutefois abstenus de dénier au groupe intégriste Hamas le droit de se présenter — comme il compte le faire — aux législatives palestiniennes du 25 janvier prochain, comme Israël l'aurait souhaité.

Selon la Feuille de route du «quartet», ces groupes auraient dû être désarmés, mais Israël aurait dû de son côté geler ses activités de colonisation, dont les médiateurs internationaux ont déploré mardi la poursuite, en s'inquiétant en outre de la construction par l'État juif d'un «mur» de sécurité empiétant sur la Cisjordanie.

Pendant ce temps, un dirigeant politique modéré du Hamas n'exclut pas que le mouvement abroge sa charte fixant comme objectif la récupération de l'ensemble de la Palestine du mandat britannique et en vienne un jour à négocier avec l'État juif, dont ce texte prône la destruction.

Adoptée en 1988 lors de l'émergence du mouvement intégriste à la faveur de la première intifada, «la charte n'est pas le Coran», a déclaré Mohamed Ghazal dans une entrevue accordée dans son bureau de l'université An Najah de Naplouse, où il enseigne l'ingénierie. Le Hamas s'est engagé auprès de Mahmoud Abbas à observer une trêve jusqu'à la fin de l'année.