Des policiers irakiens manifestent à Bassora

La Grande-Bretagne et l'Irak se sont évertués hier à faire baisser la tension à la suite du grave incident de lundi entre militaires britanniques et policiers à Bassora. Des centaines d'Irakiens ont manifesté hier contre la présence des troupes britanniques à Bassora.

Environ 200 policiers ont manifesté bruyamment dans les rues de Bassora. Ils entendaient dénoncer l'assaut donné 48 heures auparavant par des blindés britanniques à leur commissariat pour libérer deux agents secrets britanniques en civil impliqués dans une fusillade avec les forces de sécurité irakiennes.

Les policiers en colère ont réclamé la démission du chef de la police municipale et la remise aux autorités irakiennes compétentes des «terroristes britanniques».

Le premier ministre irakien Ibrahim Djaafari, qui faisait escale à Londres de retour de New York, a indiqué ne pas connaître tous les détails de l'incident et annoncé l'ouverture d'une enquête approfondie. Il a toutefois déclaré que l'affaire «n'affectera pas les relations entre l'Irak et la Grande-Bretagne».

Dans un communiqué, le gouvernement irakien a réfuté l'existence d'une quelconque crise entre Londres et Bagdad, ce qui n'a pas empêché de hauts responsables irakiens de qualifier l'opération britannique d'«acte barbare».

La tension entre Bagdad et Londres fait suite à l'intervention de blindés britanniques venus délivrer deux militaires — vraisemblablement des agents des forces spéciales — impliqués dans une fusillade lors d'une mission de renseignement.

Les deux agents avaient été remis par la police à une milice chiite, selon la version de l'état-major britannique, contestée sur les ondes de la BBC par le ministre irakien de l'Intérieur, Bayan Jabor, pour qui les deux agents n'ont jamais quitté la prison.

Cet incident, au cours duquel les chars britanniques ont enfoncé les murs d'une prison irakienne avant d'être incendiés au cocktail Molotov par une foule en colère, survient alors que Bassora, relativement plus calme que Bagdad et les autres grandes villes du pays, connaît depuis neuf mois une agitation entretenue par les milices chiites armées.

Ces milices sont soupçonnées d'avoir commis des attaques contre l'armée britannique, qui a perdu trois de ses hommes ce mois-ci lors d'attentats à la bombe, ainsi que contre des journalistes trop «curieux» sur leurs activités.

Les autorités irakiennes ont reconnu que des rebelles avaient infiltré les rangs de la police et d'autres forces de sécurité à Bassora et ailleurs.

La tension était montée d'un cran dimanche dans la capitale du sud chiite après l'arrestation par l'armée britannique de trois membres éminents de la milice chiite de l'imam radical Moqtada al-Sadr.

L'incident de lundi risque de porter atteinte à la réputation de l'armée britannique en Irak, considérée par beaucoup comme moins brutale dans ses méthodes que son homologue américaine.

Les Britanniques, dont le contingent compte 8500 soldats en Irak, assurent la sécurité du Grand Sud et forment les nouvelles armée et police irakiennes.

Par ailleurs, la chaîne de télévision satellitaire al-Arabiya a fait état de la détention d'un de ses journalistes par l'armée américaine en Irak sous le soupçon d'implication dans l'insurrection et a réclamé sa libération immédiate.

«Al-Arabiya réclame la libération immédiate» de Majed Hamid, de nationalité irakienne, arrêté «sans justification» le 15 septembre dans la province rebelle sunnite d'al-Anbar, dans l'ouest de l'Irak, a déclaré le porte-parole de la chaîne, Jihad Ballout.

Majed Hamid est détenu par «la force multinationale car il est soupçonné d'implication dans des opérations de la rébellion» en Irak, a déclaré sur al-Arabiya un porte-parole du Commandement central (Centcom) américain, le capitaine Eric Clark.