Brésil - Au tour du ministre des Finances d'être accusé de corruption

São Paulo — Jusqu'à présent préservé par la vague de scandales qui secouent le Brésil, le ministre brésilien des Finances, Antonio Palocci, a été mis en cause hier par un de ses anciens collaborateurs pour une affaire de corruption survenue alors qu'il était maire, une dénonciation qui inquiète les marchés.

Les accusations, démenties immédiatement par le ministre, ont été portées par un avocat, Rogerio Buratti, ex-collaborateur et ex-secrétaire de Palocci, arrêté mercredi pour blanchiment d'argent et tentative de destruction de preuves.

Il a affirmé que Palocci avait mis en place en 2001 et 2002, lorsqu'il était maire, un système consistant à organiser des versements mensuels équivalant à 16 000 euros par une entreprise de ramassage d'ordures, la compagnie Leao Leao. Ces sommes auraient été destinées à alimenter la caisse noire du Parti des travailleurs (PT), actuellement au pouvoir, pour financer les campagnes électorales.

En 2002, Palocci avait abandonné la mairie de Ribeirao Preto pour collaborer à la campagne présidentielle de Luiz Inacio Lula da Silva.

Ces informations affectant l'image de Palocci, ministre modèle du gouvernement et chouchou des milieux d'affaires en raison des bons résultats de son ministère, ont provoqué immédiatement la nervosité des marchés.

Le réal a enregistré une chute de près de 3 % par rapport au dollar, après une baisse de 4 %, et la Bourse a reculé de 1,86 %. Le risque pays-Brésil, paramètre mesurant la confiance des investisseurs, grimpait de 3,45 % (à 420 points) en milieu d'après-midi.

Antonio Palocci a démenti «avec véhémence» ces accusations dans un communiqué de son service de presse.

L'avocat Buratti a proposé au parquet de São Paulo de témoigner — en échange d'une réduction de peine — sur des actions illicites présumées de certaines mairies de São Paulo.

Buratti a précisé que Palocci recevait les pots-de-vin mensuels à travers un autre adjoint, Ralf Barguetti, décédé l'an dernier.

Cette affaire survient alors que le gouvernement connaissait un certain répit offert en début de semaine par une opposition estimant qu'une destitution du président Lula n'était pas à l'ordre de jour.

Hier, l'opposition a considéré «comme très graves» les accusations de Buratti et la commission d'enquête envisage déjà de convoquer le ministre Palocci pour témoigner.