Les partisans de Sadr manifestent contre un Irak fédéral

Bagdad — Plusieurs milliers de partisans du jeune imam radical chiite Moktada Sadr ont manifesté hier à Bagdad contre la perspective d'un Irak fédéral, perturbant un peu plus les négociations sur le projet de constitution qui doit être finalisé avant demain.

«Non! Non! à la division!», «Oui! Oui! à l'unité!», a clamé la foule majoritairement pauvre et urbaine dans trois quartiers du nord-est de la capitale, illustrant les dissensions au sein même de la communauté chiite sur la forme que doit revêtir l'État.

Les Kurdes, qui bénéficient d'une autonomie de fait dans le Nord depuis 1991, veulent un Irak aussi décentralisé que possible, de même que le dirigeant religieux chiite Abdelaziz al Hakim, qui a récemment suggéré la création d'une région fédérale chiite dans le Sud.

Cette solution a également les faveurs de Mouaffak al-Roubaï, conseiller national à la sécurité, qui a estimé hier qu'il s'agissait du meilleur moyen d'éviter une guerre civile entre groupes ethnico-religieux.

«Le refus du fédéralisme signifierait que les intérêts des communautés n'ont pas été pris en compte et, par conséquent, plusieurs communautés pourraient tenter de se battre pour défendre leurs droits», a expliqué cet ancien opposant, fils d'un chiite et d'une sunnite.

Roubaï a estimé que la guerre civile «gagnait très progressivement du terrain dans le pays». En témoignent déjà les attaques que l'insurrection sunnite, marginalisée après avoir dominé la vie politique sous Saddam Hussein, lance régulièrement contre des cibles chiites.

Or les négociateurs sunnites de la constitution continuent à prôner un État fort et centralisé, ce qui explique en partie pourquoi le projet de loi fondamentale n'a pu être présenté le lundi 15 août, échéance initialement fixée par l'occupant américain.

«Le fédéralisme est également une très bonne chose pour les sunnites», a plaidé Roubaï. «Imaginez que les trois provinces du triangle [sunnite] se regroupent en une seule région et que cette région jouisse, par exemple, des droits accordés au Kurdistan.»

Alors que les partisans de Sadr se radicalisent et rejoignent, paradoxalement, la quête de leurs adversaires sunnites, Roubaï juge indispensable d'accorder un plus grand rôle à l'ayatollah Ali Sistani, figure suprême du clergé chiite qui a multiplié les appels à la modération. «Nous devons garder le grand ayatollah Sistani en vie [...] Il est notre police d'assurance contre la guerre civile.»

Les prêcheurs sunnites ont pour leur part exhorté les fidèles à réintégrer le processus politique, après s'être abstenus lors des législatives du 30 janvier, en participant au référendum prévu le 15 octobre sur la constitution. «Il s'agit d'une fatwa [décret religieux] des plus hautes autorités, qui doit par conséquent être respectée», a déclaré Abdalsattar al-Djoumaïli aux centaines de sunnites qui assistaient hier à la grande prière hebdomadaire à Fallouja.

Sur le terrain, sept Irakiens ont été tués, dont trois militants du Parti islamique irakien (sunnite), des colleurs d'affiches, qui ont été abattus par des hommes armés après avoir été enlevés à Mossoul.