Gaza: l'armée passe à l'assaut

Un soldat empoigne un résistant lors de l’évacuation forcée de la synagogue Kfar Darom.
Photo: Agence Reuters Un soldat empoigne un résistant lors de l’évacuation forcée de la synagogue Kfar Darom.

Les forces de l'ordre israéliennes ont délogé hier, au deuxième jour de l'évacuation forcée des colons de Gaza, des centaines d'irréductibles retranchés dans les synagogues de Kfar Darom et Neve Dekalim, deux bastions de l'opposition au retrait.

Au moins 45 personnes ont été blessées durant les opérations d'évacuation de la bande de Gaza, occupée depuis 38 ans, dont 27 policiers, 10 soldats et 8 civils, selon une source médicale.

En fin d'après-midi à Kfar Darom, après des tentatives de négociations infructueuses avec les colons retranchés sur le toit de la synagogue, les policiers ont lancé l'assaut. À l'aide de canons à eau, les policiers, casqués et armés de boucliers, ont affronté des dizaines de personnes sur le toit, fortifié à l'aide de fils barbelés, qui ont répondu par des jets de peinture, d'oeufs mais aussi d'acide. Cette opération est la plus violente depuis le début du démantèlement forcé des colonies engagé mercredi.

«Nous avons eu plusieurs policiers blessés par des jets d'acide et nous appliquerons la loi dans toute sa rigueur car c'est contraire à tout ce que nous avions convenu», a déclaré le général Dan Harel, commandant la région militaire du sud d'Israël.

Une centaine de militants juifs, qui ont fait usage de la violence contre les forces de l'ordre dans cette colonie, ont été interpellés, tandis que les autorités israéliennes ont promis d'appliquer la tolérance zéro face aux auteurs de ces violences.

Par centaines, les forces de l'ordre, femmes et hommes séparés, sont aussi entrées en force dans la synagogue de Neve Dekalim, principale colonie de ce territoire. Les soldats ont alors procédé à l'évacuation des lieux en portant à bout de bras les quelque 2000 réfractaires, couchés à terre et enveloppés dans leur châle de prière, qui s'y étaient retranchés et les ont accueillis en leur jetant des bouteilles d'eau.

Dans la soirée, l'évacuation des synagogues de Kfar Darom et Neve Dekalim était presque achevée. Plus d'un millier de personnes avaient déjà été évacuées mercredi de Neve Dekalim, qui abritait au total 2500 colons.

À Kfar Yam, des dizaines de soldats israéliens ont mené une opération contre une maison, dans laquelle s'étaient retranchés un homme armé et une trentaine de personnes. Le contrôle de la colonie de Shirat Hayam, considérée comme l'une des plus radicales, était quant à lui total. La plus ancienne colonie de la bande de Gaza, Netzer Hazani, où environ 50 colons ont opposé une résistance passive, a été complètement vidée sans incident, selon un porte-parole militaire.

Depuis le coup d'envoi de l'opération lundi, sept des 21 colonies ont été complètement évacuées et l'armée a commencé hier soir à démolir des maisons de colons vides, comme à Kerem Atzmona, une petite implantation dont tous les habitants avaient été évacués mercredi. Des responsables de l'armée et de la police ont indiqué que 70 % des quelque 8000 colons de la bande de Gaza avaient déjà été évacués et estimé que l'évacuation des 21 implantations pourrait s'achever lundi ou mardi, selon la radio. Les opérations de retrait seront suspendues pendant le Shabbat, qui commence le vendredi après-midi et s'achève le samedi à la tombée de la nuit.

De l'aide

La Maison-Blanche a salué hier le retrait israélien de la bande de Gaza, de nature, selon elle, à renforcer les liens entre Israël et les États-Unis. De son côté, l'ambassadeur d'Israël à Washington a réclamé une nouvelle aide américaine pour développer les régions de Galilée et du Néguev.

George Bush éprouve de la compassion pour les colons juifs forcés d'évacuer leurs maisons, a déclaré Dana Perino, porte-parole de la Maison-Blanche. Mais elle a ajouté que le premier ministre Ariel Sharon était «très courageux» de mener le retrait et que le désengagement rendrait Israël plus fort.

De son côté, la secrétaire d'État Condoleezza Rice a déclaré dans une interview au New York Times que peu après son achèvement, Israël devrait prendre d'autres mesures, notamment alléger les restrictions aux déplacements en Cisjordanie et se retirer de davantage de villes palestiniennes.

À Washington, Sean McCormack, porte-parole du département d'État, a exhorté Palestiniens et Israéliens à profiter du succès du retrait de Gaza pour faire progresser les négociations de paix. Prié de dire si Rice avait dressé une liste de villes palestiniennes dont les Israéliens devraient se retirer, McCormack s'est contenté de répondre: «Ce que le département d'État a conclu, c'est que nous soutenons la "feuille de route" en tant que moyen politique pour aller de l'avant, de sorte que les deux parties puissent parvenir à ce qu'elles souhaitent toutes deux — deux États vivant côte à côte en paix et en sécurité.»

L'ambassadeur d'Israël aux États-Unis, Daniel Ayalon, a également formulé l'espoir que les États-Unis apporteraient une aide généreuse pour transformer les régions sous-développées de Galilée et du Néguev. Il n'a avancé aucun chiffre, mais un responsable du département d'État a confirmé que les Israéliens avaient demandé 2,2 milliards d'aide nouvelle.

L'ambassadeur a pour sa part estimé que le coût total de développement de ces régions atteindrait des dizaines de milliards, avec un investissement initial de six à sept milliards.

Pour le budget 2006, la Maison-Blanche a demandé pour Israël 240 millions au Fonds de soutien économique du département d'État et 2,3 milliards de financement militaire. En 2005, Israël, premier bénéficiaire de l'aide américaine, avait obtenu près de 2,6 milliards, en grande partie en aide militaire.

Toute nouvelle demande d'aide sera probablement présentée par la Maison-Blanche dans le cadre d'une demande de budget supplémentaire, ont déclaré des responsables américains qui ont réclamé l'anonymat parce qu'il s'agit d'une question sensible.