Un conflit qui dure depuis plus de 30 ans - Le Front polisario libère ses derniers prisonniers marocains

Le Front polisario, qui lutte pour l'indépendance du Sahara occidental contrôlé par le Maroc, a libéré hier ses 404 derniers prisonniers de guerre marocains, a confirmé le Comité international de la Croix-Rouge internationale (CICR) à Genève.

La libération, annoncée officiellement quelques moments plus tôt par le ministre délégué sahraoui représentant du mouvement indépendantiste en Europe, Mohamed Sidati, s'est déroulée dans les camps de réfugiés du Polisario, dans la région occidentale algérienne de Tindouf.

Les militaires marocains libérés, dont certains étaient détenus depuis plus de 20 ans, étaient hier après-midi en cours de rapatriement. Ils étaient attendus à Agadir, station balnéaire du sud du Maroc, a-t-on précisé à Rabat.

Présentée par le CICR comme un pas important vers une solution des problèmes humanitaires posés par un conflit qui dure depuis 30 ans, la libération des derniers prisonniers marocains a été rendue possible par une médiation américaine.

Dans une région saharienne travaillée par l'islamisme armé, Washington est soucieux de voir s'apaiser les tensions entre l'Algérie, qui soutient le Polisario depuis le départ, et le Maroc, qui refuse d'envisager de se retirer un jour de cette ancienne colonie espagnole.

Le chef de la Maison-Blanche a dépêché sur place mercredi le sénateur Richard Lugar, président de l'influente commission des Affaires étrangères du Sénat américain, pour superviser la remise des prisonniers à la Croix-Rouge dans les camps de Tindouf. Selon l'agence algérienne de presse APS, Lugar a été reçu hier à Alger par le président algérien Abdelaziz Bouteflika avant de prendre le chemin des camps de Tindouf, aux confins des frontières de l'Algérie, du Maroc et du Sahara occidental.

Depuis le début du conflit armé du Sahara occidental, en novembre 1975, le Front polisario a capturé plus de 2000 militaires marocains mais, depuis la trêve des combats conclue en 1991 sous l'égide de l'ONU, il avait relâché la plupart d'entre eux par petits contingents.

Soulignant que les dernières libérations coïncident avec la désignation d'un nouvel émissaire de l'ONU dans la région, Sidati a exprimé l'espoir qu'elles contribueraient «à créer un climat favorable à la dynamique de paix, que nous aimerions croire irréversible».

Depuis la trêve de 1991, l'ONU s'est efforcée d'organiser un référendum d'autodétermination sur le territoire contesté mais ses efforts se sont in fine heurtés au refus du Maroc d'accepter que la consultation puisse porter sur l'éventuelle indépendance de ce qu'il considère comme «ses provinces du Sud recouvrées».

Le CICR a annoncé que, après la libération des derniers militaires marocains, qui recevaient régulièrement ses visites, il s'efforcerait désormais d'élucider le sort de «tous ceux qui ont disparu dans le cadre de ce conflit». Ils sont plus de 250, de part et d'autre, a-t-il précisé.