L'évacuation de la synagogue de Neve Dekalim - Une mise en scène ?

Des opposants au retrait à Neve Dekalim ont dû être transporté par des soldats.
Photo: Agence Reuters Des opposants au retrait à Neve Dekalim ont dû être transporté par des soldats.

Neve Dekalim — L'évacuation mouvementée hier de la synagogue de Neve Dekalim, «capitale» des colons de Gaza, semblait avoir été réglée par un metteur en scène soucieux de montrer que les jeunes retranchés dans le bâtiment s'étaient battus jusqu'au bout. De fait, les caméras du monde entier ont filmé des adolescents en larmes, hurlant et se débattant, en se faisant traîner dehors un par un.

Une sortie négociée entre les forces de l'ordre et la direction des colons a permis à ces derniers de démontrer la détermination de leurs troupes à résister à l'évacuation, de justifier des mois de combat dans la rue et à la Knesset, et de quitter la colonie «la tête haute».

Nul doute que les milliers de soldats et de policiers israéliens présents à Neve Dekalim et rompus à des tâches autrement plus difficiles en temps habituel auraient pu évacuer bien avant tous ces adolescents venus de colonies de Cisjordanie ou d'Israël pour s'opposer au retrait.

Ces jeunes ont passé les deux dernières nuits dans les synagogues: une pour les filles, une pour les garçons. Mais en journée, personne ne les empêchait de circuler librement dans la colonie.

Hier, toute la matinée et une bonne partie de l'après-midi, ils étaient à l'extérieur de la synagogue, sur une vaste étendue de gazon, occupés à invectiver les milliers de soldats et de policiers positionnés dans les rues adjacentes. Plus tard, ils formaient des chaînes humaines et chantaient pendant des heures qu'ils n'avaient pas «d'autre pays» et qu'«ici, c'est [leur] maison».

À aucun moment, les forces de l'ordre n'ont bougé, ni ne les ont empêchés de se retrancher dans l'enceinte de la synagogue. Ceci alors que des discussions avaient lieu entre les responsables des colons et les forces de l'ordre pour permettre une sortie satisfaisante pour les deux parties, la police et l'armée étant soucieuses de montrer leur capacité à comprendre la douleur des opposants en les traitant humainement.

«Nous avons discuté toute la journée, parce qu'ici, ils [la direction des colons] voulaient faire passer un message», a expliqué un responsable militaire qui a requis l'anonymat. «Si nous avions voulu, nous aurions pu les évacuer bien plus tôt.»

En fin d'après-midi, les soldats et les policiers ont laissé entrer les adolescents et quelques adultes dans la synagogue pour lancer «l'assaut» une heure plus tard.

«Nous avons fixé les règles avec eux. Ils finiront par sortir et ils iront dans les autobus», qui attendent à proximité des synagogues, a déclaré Avi Zelba, porte-parole de la police. «O.K., c'est un jeu. Et ça ne me pose aucun problème.»

Dans les synagogues, les jeunes ont attendu les forces de l'ordre, agrippés les uns aux autres. L'évacuation a été ferme, mais sans violence.

«Nous voulons dire que c'est à nous. Qu'on ne nous sort pas d'ici facilement, en chantant», a expliqué Shaul Goldstein, le numéro deux du Conseil des implantations juives de Cisjordanie et de la bande de Gaza, quelques heures avant de s'enfermer dans la synagogue, du côté réservé aux hommes.