Un colon juif abat quatre Palestiniens

Photo: Agence Reuters

L'évacuation forcée des milliers de colons juifs de la bande de Gaza se déroulait à un rythme soutenu hier, dans les larmes et l'hystérie, mais un colon a tenté de saboter ce retrait historique en tuant quatre Palestiniens en Cisjordanie.

Le premier ministre israélien, Ariel Sharon, a condamné «l'acte terroriste juif contre des Palestiniens innocents, perpétré avec l'idée perverse qu'ainsi le désengagement s'arrêterait», allusion au plan de retrait historique en cours de la bande de Gaza.

Les victimes étaient ouvriers dans la colonie de Shilo en Cisjordanie. Le colon, un chauffeur, a tué deux Palestiniens qui se trouvaient à bord de sa voiture, avant de tirer sur un autre groupe de Palestiniens dont l'un a été tué et deux grièvement blessés. L'un des blessés a ensuite succombé et le meurtrier a été arrêté.

Le dirigeant palestinien, Mahmoud Abbas, a affirmé que cette attaque visait à saboter le retrait et a appelé les Palestiniens à la retenue, mais les mouvements radicaux du Hamas et du Djihad islamique ont promis de riposter à ce crime.

Après l'attaque, également condamnée par le département d'État américain, un obus de mortier s'est abattu sans faire de victime près de Morag, l'une des implantations évacuées de Gaza.

Mais ces violences ne semblent pas avoir perturbé jusque-là le retrait de la bande de Gaza, qui se poursuit à un rythme soutenu après l'expiration, mardi soir, d'un délai de grâce pour le départ volontaire des colons après 38 ans d'occupation.

Depuis le coup d'envoi lundi, neuf colonies sur les 21 de Gaza ont été totalement évacuées. Cinq colonies du bloc du Goush Katif — Tel Katifa, Bedolah, Kerem Atsmona, Morag et Ganei Tal — ont été complètement évacuées hier. Une cinquième colonie, Dougit, était complètement vide dès lundi soir.

Trois autres colonies — Rafiah Yam, Peat Sade et Nissanit — sont complètement vides, leurs habitants étant partis de leur plein gré avant l'évacuation forcée. Une autre implantation, Slav, également dans le Goush Katif, était pratiquement vide hier.

Selon des sources militaires, une autre colonie du Goush Katif, Shirat Hayam, était sur le point d'être évacuée de force. Au total, 1000 des 1600 familles de colons ont quitté leurs maisons à Gaza, selon la police. Cette évacuation devrait durer une semaine, au lieu des trois prévues, selon l'armée et la police.

Néanmoins, la résistance la plus forte se trouve à Nevé Dekalim, la «capitale» des colons de Gaza, où les soldats ont avancé au milieu de poubelles incendiées, face à des militants leur criant: «Battez-vous contre le terrorisme», «Honte à vous».

Frappant aux portes des maisons, les soldats demandaient aux habitants de les accompagner vers des bus qui les conduiraient en Israël. Neuf femmes âgées ont été traînées de force, d'autres hurlaient, brandissant des nourrissons et des jouets sous le nez des soldats, qui paraissaient de plus en plus tendus dans la chaleur insupportable.

Soldats et policiers réagissaient par moments avec fermeté, prenant en chasse les plus agressifs.

L'évacuation des colonies s'avère psychologiquement éprouvante pour de nombreux policiers ou soldats, confrontés à des scènes de détresse pénibles, souvent insultés et parfois amenés à devoir évacuer leurs propres amis. Les forces de l'ordre engagées dans la mission du retrait de la bande de Gaza ont d'ailleurs subi un entraînement préparatoire intensif et des psychologues de l'armée ont travaillé à leurs côtés, anticipant les situations difficiles.

Des membres du mouvement juif orthodoxe Chabad basé à New York, menaçant de se suicider ensemble, ont été neutralisés par les soldats à Neve Dekalim. Dans une synagogue, un millier d'activistes retranchés se sont dits déterminés à résister.

Les activistes, qui ont passé la nuit sur place, ont été rejoints à l'aube par les habitants de la colonie. Ils récitaient des prières sur l'exil des Juifs lorsqu'ils ont été interrompus par l'arrivée des soldats à proximité du lieu de culte. «Nos pères n'auraient jamais pu s'imaginer que des Juifs expulseraient d'autres Juifs», a dit le rabbin.

À l'orée de la bande de Gaza, une femme colon de Cisjordanie a tenté de s'immoler par le feu en signe de protestation. Des habitants de la colonie de Kfar Darom ont mis le feu à une maison palestinienne voisine et attaqué quatre autres, selon des témoins. De leur côté, les forces de sécurité israéliennes ont affirmé avoir arrêté quatre membres du Djihad islamique qui planifiaient une attaque suicide pendant l'évacuation et neutralisé une ceinture d'explosifs. Mais un commandant israélien, le général Dan Harel, s'est félicité de la coopération sécuritaire avec les Palestiniens.

Pour la première fois en cinq ans, le Djihad islamique a organisé une parade militaire d'une cinquantaine de bateaux, au large de Gaza, pour fêter «la victoire».

Ariel Sharon, le «coeur brisé», a regardé à la télévision se dérouler la première journée de l'expulsion des juifs de la bande de Gaza.

«Il est impossible de regarder cela, y compris pour moi, sans avoir les larmes aux yeux», a affirmé l'auteur du plan de désengagement unilatéral en cours. Il faut que ceux qui quittent aujourd'hui Gaza «sachent que ce qu'ils ont fait n'était pas en vain», a ajouté le premier ministre. «Il y a de grandes réussites, avec les grands blocs d'implantation [de Cisjordanie] qui resteront aux mains des Israéliens, liés territorialement à Israël.» Avant de conclure: «Je crois que de toutes ces difficultés, Israël sortira renforcé.»

Enfin, M. Sharon a répété que la colonisation en Cisjordanie occupée se poursuivrait et se développerait après le retrait de Gaza. Des propos qualifiés d'inacceptables par l'Autorité palestinienne.