Afghanistan - Une campagne électorale qui sera discrète

Kaboul — La campagne des élections parlementaires du 18 septembre a officiellement débuté hier en Afghanistan, alimentée par les intimidations menées par des milices locales, qui détiennent encore le pouvoir dans bien des provinces, et l'assassinat de deux candidats.

Le 18 septembre prochain, près de 6000 candidats seront en lice pour les 249 sièges du Parlement national et les 34 conseils provinciaux qui doivent servir à nommer une partie des membres de la Meshrano Jirga (Chambre haute). Leurs campagnes électorales devraient toutefois rester discrètes en raison des contraintes logistiques, légales et financières auxquelles ils sont soumis.

Les Afghans devraient participer avec enthousiasme à cette nouvelle expérience démocratique, malgré les menaces brandies par les taliban. Ceux-ci, qui ont tenu les rênes du pouvoir de 1996 jusqu'à leur renversement par les troupes américaines et les rebelles de l'Alliance du Nord à l'automne 2001, ont promis de s'en prendre aux candidats et de perturber le scrutin.

Pour l'instant, les attaques des talibans visent principalement les 20 000 hommes de la coalition, dominée par les Américains, et restent concentrées dans le sud et l'est du pays, à la frontière pakistanaise, mais ils ont déjà assassiné plusieurs candidats et membres du personnel électoral.

«Les candidats ont été jusqu'ici libres de faire campagne dans la rue, de distribuer et d'accrocher des affiches électorales», a indiqué Bismillah Bismil, président de la commission électorale afghane (JEMB) menée conjointement par l'ONU et le gouvernement afghan, lors d'une conférence de presse à Kaboul. Les affiches électorales ont déjà fleuri partout dans les grandes villes, où elles tapissent les murs, panneaux publicitaires, étals ambulants et pare-brise des véhicules, et dans les villages. «Maintenant, les candidats vont pouvoir faire campagne à travers les télévisions, radios et journaux locaux.»

Chaque candidat pourra ainsi enregistrer un spot de campagne sur une des 78 chaînes de télévision (spot de 2 m) ou radios (4 à 5 m) locales — qui ont poussé comme des champignons depuis la chute des talibans — avec lesquelles la commission a passé un accord. Chaque spot sera diffusé deux fois d'ici les élections, a précisé John Matisson, du département média du JEMB.

Cette campagne médias coûtera au moins 600 000 dollars à la commission électorale, soit une infime partie des 148,6 millions versés par la communauté internationale pour financer ces élections.

Les candidats pourront également faire leur publicité dans les journaux locaux, cette fois à leur frais, les encarts publiés pendant la campagne ne devant excéder quatre pages par candidat, a précisé M. Matisson.

Les milices

Ces précisions faites, la commission électorale a de nouveau insisté sur le respect de la liberté de parole des candidats, qui semble largement compromise par l'activisme des milices locales, alors que deux candidats au parlement et quatre employés électoraux ont déjà été assassinés cette année.

Liées aux commandants locaux, au trafic de drogue, aux talibans, aux chefs de tribus ou à la criminalité ordinaire, ces milices héritées de centaines d'années de rivalités tribales et de plus de 20 ans de guerre «tiennent» encore les provinces, où l'autorité du gouvernement de Kaboul peine à s'étendre.

Début août, la chef de la mission d'observation de l'Union européenne pour ces élections, Emma Bonino, s'était déjà inquiétée des intimidations et harcèlements, en demandant «à tous les Afghans de respecter les droits des candidats, hommes ou femmes».

Human Rights Watch (HRW) a appelé hier les autorités afghanes et internationales à prendre des mesures spéciales pour protéger les candidates femmes (10 % des candidats) des intimidations des talibans ou des commandants locaux, citant dans un rapport de nombreux témoignages de candidates évoquant ces pressions.

«Menacer un candidat ou acheter le vote d'un électeur est interdit, et des sanctions sont prévues, qui peuvent aller jusqu'à l'exclusion du processus électoral», a indiqué le directeur de la commission électorale, Peter Erben, en invitant toute personne témoin d'une violation des règles du code électoral à se plaindre à la commission des plaintes électorales (ECC). Celle-ci a indiqué hier avoir

déjà reçu près de 600 plaintes dans le cadre de cette campagne parlementaire.