Triple attentat à Bagdad

Un jeune Irakien pleurait hier la mort de son père dans un attentat.
Photo: Agence Reuters Un jeune Irakien pleurait hier la mort de son père dans un attentat.

Un triple attentat à la voiture piégée a fait 43 morts et 88 blessés hier à Bagdad, où les dirigeants des différentes communautés du pays reprenaient leurs laborieuses tractations sur la rédaction d'une nouvelle constitution.

«Le bilan pourrait s'alourdir parce qu'il y a des cadavres carbonisés partout», a fait savoir le responsable du ministère de l'Intérieur, qui a fourni ces chiffres.

Des policiers et du personnel médical figurent parmi les victimes de la troisième explosion, survenue entre une gare routière et l'hôpital Kindi, où étaient acheminées les personnes blessées lors des deux premières explosions.

La première explosion s'est produite près d'une entrée de la gare routière de Nahda, suivie quelques minutes plus tard d'une déflagration à l'intérieur de la gare. Un quart d'heure plus tard, la troisième voiture piégée tuait des personnes venues secourir les blessés.

Les explosions multiples correspondent au style de groupes islamistes actifs dans l'insurrection sunnite dirigée contre le gouvernement à dominante chiite, mais, à la différence des attaques perpétrées par des groupes tels qu'al-Qaïda, des policiers ont souligné qu'aucune des voitures n'était conduite par un kamikaze. Les auteurs paraissent avoir coordonné leurs actions pour faire en sorte que la troisième bombe frappe les services de secours transportant les victimes des deux premières explosions.

La constitution

Bagdad n'avait pas connu d'attentats de cette ampleur depuis près d'un mois. Ils sont intervenus alors que les responsables politiques se préparaient à reprendre leurs efforts pour sortir de l'impasse sur le projet de constitution, qu'ils n'ont pas réussi à finaliser avant l'échéance de lundi minuit.

Un parlementaire chiite proche des discussions a déclaré que les parties étudiaient un projet de document. «La Constitution sera achevée d'ici la fin de la semaine», a-t-il assuré, ajoutant que des hommes politiques kurdes formulaient des réserves sur certains points.

Saleh Moutlak, négociateur de la minorité sunnite, qui tenait le haut du pavé du temps de Saddam Hussein, a déclaré que son groupe restait opposé à des dispositions risquant de laisser aux chiites le contrôle des gisements pétroliers du Sud et permettant aux Kurdes d'étendre les limites de leur région, jusqu'à englober les ressources pétrolières du Nord.

Yonadem Kanna, un chrétien faisant partie de la commission chargée de la rédaction de la Constitution, a déclaré que certains partis sunnites islamistes étaient prêts à un compromis sur le fédéralisme, mais que les nationalistes laïcs, qui ont pour chef de file Moutlak, ne semblaient pas vouloir faire de concessions.

Washington met tout son poids pour que les parties s'entendent car un nouveau délai dans la remise du projet de constitution irakienne au Parlement aurait de lourdes conséquences politiques.

Un porte-parole du département d'État s'exprimant sous le couvert de l'anonymat a estimé hier que les rédacteurs du projet auraient beaucoup de mal à demander un nouveau délai. «Je pense que ce serait très difficile à faire», a-t-il ajouté.

L'administration américaine voit dans le bon déroulement du processus démocratique une condition nécessaire à un retrait d'une partie des quelque 138 000 soldats américains déployés en Irak.

Elle craint une dissolution du Parlement et l'organisation d'élections générales, estimant que l'incertitude ainsi créée pourrait provoquer une escalade de la violence en Irak.