L'évacuation forcée des colons s'amorce

Un jeune colon juif résiste à l’ordre d’évacuation de la bande de Gaza en érigeant des barricades.
Photo: Agence Reuters Un jeune colon juif résiste à l’ordre d’évacuation de la bande de Gaza en érigeant des barricades.

Le délai imparti aux colons juifs pour partir de leur gré de la bande de Gaza a expiré hier à minuit, ouvrant la voie à leur évacuation forcée, des centaines de soldats ayant déjà pénétré à cette fin dans leur «capitale», Neve Dekalim.

Les quelque 8000 colons de la bande de Gaza avaient bénéficié depuis dimanche à minuit d'une période de grâce de 48 heures pour quitter le territoire palestinien occupé depuis 38 ans, avant d'être évacués manu militari. Près de la moitié des colons de Gaza sont désormais rapatriés en Israël, a annoncé le coordinateur civil du retrait, Eival Giladi, quelques heures avant l'expiration du délai au-delà duquel les colons récalcitrants seront expulsés. «Ce plan se déroule comme prévu. Près de 50 % des résidants sont partis. Je dirais que, dans quelques jours, il n'y aura plus de colons ou d'infiltrés juifs à Gaza», a-t-il déclaré.

Avant l'expiration du délai, le ministre de la Défense Shaoul Mofaz a affirmé que l'évacuation de force des implantations commencerait «aussitôt après minuit». Mais un porte-parole de la police, Elie Levy, a précisé que les forces de l'ordre «ne pénétreront pas dans les maisons dans la nuit» d'hier à aujourd'hui, «mais seulement dans celles de ceux qui souhaitent partir et qui en ont été empêchés par d'autres» colons.

Les forces de l'ordre sont rentrées hier soir sans rencontrer de résistance par le portail de Neve Dekalim, la principale colonie du bloc du Goush Katif, considérée comme la capitale des colons de Gaza, et ont progressé d'environ 200 mètres à l'intérieur. Elles doivent «prêter assistance aux résidants souhaitant partir durant la nuit» et elles entrent dans les maisons des colons pour leur demander de partir volontairement, a indiqué un porte-parole militaire.

Des centaines de jeunes militants venus s'opposer à l'évacuation de Neve Dekalim, où des heurts ont opposé dans la journée les soldats aux colons, se sont retranchés dans trois synagogues voisines les unes des autres.

L'armée a annoncé l'évacuation sans incident de la première des 21 colonies, celle de Dougit, dans le nord de la bande de Gaza, ses 60 habitants ayant choisi de partir de leur plein gré.

Selon la radio israélienne, trois des 21 colonies, y compris Dougit et Nissanit, étaient vides et cinq quasi-vides hier, sept étaient prêtes à déménager, et six étaient déterminées à résister, dont Neve Dekalim, Netzarim et Kfar Darom. Lundi, deux colonies isolées sur quatre promises au démantèlement en Cisjordanie ont été évacuées.

Selon les médias israéliens, près de la moitié des familles sont parties pendant la période de grâce et les jours précédents. M. Mofaz a estimé hier qu'environ 70 % des familles de colons auraient quitté la bande de Gaza avant minuit hier soir et a évalué la durée du retrait à plus ou moins deux semaines. Selon lui, quelque 500 personnes ont été arrêtées parmi les personnes infiltrées dans la bande de Gaza pour gêner le retrait.

Dans une autre colonie de Gaza, Shirat Hayam, au bord de mer, les habitants attendent de pied ferme les soldats. Ils ont creusé une tranchée et déployé des fils de fer barbelés et des blocs de pierres à l'entrée de l'implantation.

À Netzer Hazani, l'armée a informé les habitants que l'évacuation de ceux restés sur place débuterait aujourd'hui, selon eux.

En prévision de l'évacuation manu militari des colons récalcitrants, l'armée a annoncé avoir achevé son déploiement afin de prévenir d'éventuelles attaques palestiniennes lors de cette opération décidée unilatéralement par Israël. Le chef des renseignements militaires israéliens, Aaron Zeevi Farkash, a cependant indiqué que «l'Autorité palestinienne fait de gros efforts pour préserver le calme».

Côté palestinien, des milliers de sympathisants du mouvement radical Hamas ont participé à une manifestation à Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, pour fêter le retrait israélien historique. Des combattants de la branche armée du Hamas, en tenue militaire, ont participé à la manifestation portant des maquettes de roquettes artisanales, des bannières vertes, couleur du mouvement radical, et des drapeaux palestiniens.

Pour leur part, les États-Unis ont déclaré que le retrait rendrait Israël plus fort, tandis qu'un responsable du département d'État, David Welch, s'est rendu à Gaza pour la première fois depuis près de deux ans, pour exhorter encore les Palestiniens à assurer le calme.