Constitution irakienne - Bagdad et Washington demeurent optimistes

Pendant que les tractations sur la Constitution reprenaient hier, une famille irakienne s’est reposée devant un mur couvert d’affiches rappelant l’importance du document.
Photo: Agence Reuters Pendant que les tractations sur la Constitution reprenaient hier, une famille irakienne s’est reposée devant un mur couvert d’affiches rappelant l’importance du document.

Bagdad — Les dirigeants irakiens ont repris leurs négociations sur la Constitution hier après avoir manqué la veille le rendez-vous de la présentation du texte au Parlement, tout en minimisant l'importance de ce retard. Mais l'ambassadeur des États-Unis à Bagdad, Zalmay Khalilzad, qui a participé activement aux discussions, s'est dit «personnellement déçu».

«Nous avons beaucoup investi et nous voulons que l'Irak réussisse. Beaucoup de sang et d'argent américain ont été perdus. Cela n'est pas un secret», a-t-il déclaré.

Dirigeants irakiens et responsables américains tentaient cependant hier d'atténuer les divergences sur la Constitution, pourtant présentée comme une étape cruciale de la marche vers la stabilité dans l'Irak de l'après-Saddam Hussein. Washington refuse d'envisager tout échec, car cela représenterait un obstacle majeur à un retrait de ses troupes en Irak dans un délai prévisible, au moment où les opposants à la guerre gagnent du terrain aux États-Unis.

Le premier ministre Ibrahim Jaafari trouve «tout à fait normal que [la Constitution] soit reportée d'une semaine». Il estime que ce délai n'est pas trop long lorsqu'il s'agit de rédiger une constitution.

Le président Jalal Talabani a affiché le même optimisme, disant s'attendre à un accord avant la fin du délai supplémentaire obtenu. Selon son bureau, les réunions ont continué lundi dans la nuit et se sont poursuivies hier. Les négociateurs ont une semaine pour aboutir, conformément à l'amendement de la Loi fondamentale passé tard dans la soirée de lundi. Dans le cas contraire, le Parlement serait dissous et des élections générales devaient être organisées.

Selon M. Jaafari, plusieurs avis ont été exposés durant les discussions en ce qui concerne le fédéralisme et le partage des richesses. «Certains veulent un fédéralisme total, d'autres un fédéralisme assorti de conditions, alors que d'autres encore le rejettent», a-t-il expliqué.

Des responsables kurdes veulent un fédéralisme qui leur permettrait de choisir l'autodétermination à terme, alors que les chiites veulent un État fédéral mais gouverné par un gouvernement central fort, et les sunnites refusent cette notion complètement.

«Un consensus total n'est pas nécessaire [...] car il revient au peuple de se prononcer en fin de compte sur le texte lors du référendum», a estimé de son côté Jawad Maliki, le numéro deux du parti chiite Dawa de M. Jaafari, laissant entendre qu'il suffit d'un accord entre chiites et kurdes pour élaborer le projet de constitution et le présenter au Parlement.

À Washington, les responsables américains ont multiplié les déclarations rassurantes. «J'applaudis aux efforts héroïques des négociateurs irakiens et apprécie leur travail pour résoudre les problèmes par la négociation et le dialogue», a déclaré le président George W. Bush, après l'annonce du report.

Même le Fonds monétaire international, qui a publié hier son premier rapport sur l'Irak en 25 ans, a appelé les responsables irakiens à se doter d'une constitution pour faire face aux défis économiques du pays.

L'administration américaine voit dans le bon déroulement du processus démocratique une condition nécessaire à un retrait d'une partie des quelque 138 000 soldats américains actuellement déployés en Irak.

Or un échec la semaine prochaine signifierait une dissolution du Parlement et l'organisation d'élections générales, ce qui, pour Washington, créerait de nouvelles incertitudes et risquerait de provoquer une escalade de la violence en Irak. Un échec sur la Constitution irakienne tomberait mal pour le président Bush, au moment où les opposants à la guerre en Irak gagnent en visibilité aux États-Unis.

Une dizaine de parents de soldats tués en Irak ou qui y sont actuellement déployés campent depuis le début du mois près de l'entrée du ranch où M. Bush passe ses vacances, à l'initiative de Cindy Sheehan, la mère d'un militaire tué en Irak en avril 2004. Cette manifestation attire une considérable attention médiatique, mais M. Bush refuse de rencontrer Mme Sheehan, qui veut lui demander de faire revenir les soldats américains aux États-Unis. Près de 1850 d'entre eux ont trouvé la mort depuis le début de la guerre dans ce pays en mars 2003.

Selon un sondage publié la semaine dernière par le magazine Newsweek, 61 % des Américains désapprouvent la manière dont M. Bush gère la situation en Irak, le plus mauvais score enregistré par le président américain sur ce sujet.