Analyse - Le projet de réconciliation algérien est jugé ambigu

Alger — Journaux et analystes algériens commentent en termes mitigés le projet d'amnistie partielle que le président Abdelaziz Bouteflika soumet à un référendum fin septembre, mais la plupart le jugent insuffisant pour mettre un point final aux violences qui affectent le pays depuis 13 ans.

Bouteflika a annoncé dimanche la tenue d'un référendum, le 29 septembre, sur un projet de Charte pour la paix et la réconciliation nationale, qui prévoit 'abandon des poursuites contre les rebelles islamistes qui se sont rendus.

Le projet est susceptible de s'appliquer aussi à ceux qui restent recherchés en Algérie et à l'étranger s'ils se rendent. En revanche, les activistes impliqués dans des massacres et des explosions dans des lieux publics n'en bénéficieront pas. Le bilan de l'insurrection islamiste pourrait se monter à 200 000 morts en 13 ans.

«Je ne crois pas que cela mettra fin à la violence parce que ceux qui tuent sont exclus du projet», a dit Mahmoud Belhimer, professeur de sciences politiques à l'Université d'Alger, en notant que Bouteflika avait renoncé à une amnistie générale.

Le président, que l'on s'attendait à voir offrir une amnistie à l'ensemble des rebelles, a réduit la portée de l'initiative en constatant que le principal mouvement islamiste illégal du pays, le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), avait fait l'éloge de la branche d'al-Qaïda en Irak pour avoir tué deux diplomates algériens le mois dernier.

Certains reprochent au projet de ne pas préciser l'attitude qu'adopteront les autorités à l'égard des rebelles encore actifs, en accusant Bouteflika de faire des concessions à des groupes armés tout en jurant de continuer à les combattre.

«Pour ceux qui ont souffert dans leur chair, l'initiative de Bouteflika est assimilée à une abdication de la République et, pour les islamistes et leur sympathisants, ce retour "auréolé" est une victoire», écrit le journal Liberté dans un éditorial. «Il est évident que l'Algérie sera appelée un jour ou l'autre à enterrer ce passé douloureux, comme il est vrai qu'elle ne le fera pas à n'importe quel prix.»

Les 13 années de violence qu'a connues l'Algérie, et qui ont menacé un moment la survie même de l'État, ont fait suite à l'annulation des élections de 1992 qu'était en passe de remporter un mouvement islamiste radical, le Front islamique du salut (FIS, interdit depuis).

Le président algérien a clairement fait comprendre dimanche qu'il ne pourrait pas aller plus loin dans la quête de la paix. Son projet interdit également toute activité politique aux personnes responsables de violences, allusion apparente à l'ancien chef du FIS, Abassi Madani, et à son adjoint Ali Belhadj, qui ont été libérés en 2003 après 12 ans de prison.

«Le trait dominant de cette initiative [est] la volonté très nette de distinguer entre les [éléments] politiques du FIS, qui seront à l'avenir définitivement interdits [...] sur le devant de la scène, et les terroristes, qui peuvent bénéficier du pardon du peuple à condition de n'avoir pas participé à des massacres collectifs. Autre ambiguïté de taille», écrit Omar Belhouchet, rédacteur en chef du journal El Watan.