Entre résistance et résignation

Après 38 ans d’occupation, Israël a entamé hier le processus d’évacuation de la bande de Gaza. Le désengagement historique se heurte à une vive résistance, les soldats israéliens butant sur des chaînes humaines, des portes fermées et des pn
Photo: Agence Reuters Après 38 ans d’occupation, Israël a entamé hier le processus d’évacuation de la bande de Gaza. Le désengagement historique se heurte à une vive résistance, les soldats israéliens butant sur des chaînes humaines, des portes fermées et des pn

Le désengagement à peine amorcé dans la bande de Gaza, Israël réitère sa ferme intention de conserver l'essentiel de ses colonies en CisjordanieIsraël a formellement ordonné hier aux colons juifs de quitter la bande de Gaza et a évacué deux colonies isolées en Cisjordanie au premier jour d'application d'un plan de retrait sans précédent depuis l'occupation des territoires palestiniens en 1967.

Quelques heures après le début des opérations de retrait de la bande de Gaza, Israël a cependant clairement signifié son intention de conserver six blocs de colonisation en Cisjordanie quelle que soit l'issue de négociations avec les Palestiniens.

Dans un discours à la nation, le premier ministre israélien Ariel Sharon a appelé les Palestiniens «à combattre le terrorisme» pour permettre la tenue de négociations de paix après le retrait de la bande de Gaza, qualifié d'important et historique par le leader palestinien Mahmoud Abbas.

Selon le ministre de la Défense, Shaul Mofaz, environ 300 des 1500 familles de colons ont évacué la bande de Gaza après avoir reçu les avis d'expulsion. Mais ses conseillers pensent que la moitié des 9000 colons n'auront pas bougé d'ici à demain.

D'après d'autres responsables israéliens, 66 % des familles israéliennes de la bande de Gaza ont d'ores et déjà accepté les compensations financières prévues en échange de l'évacuation. Les colons qui refusent d'évacuer pourraient perdre un tiers de ces indemnités, qui vont de 150 000 à 400 000 dollars par famille.

Dans son discours, Ariel Sharon a déclaré que «les Palestiniens doivent lutter contre les organisations terroristes, les démanteler et les désarmer afin de permettre la tenue de négociations de paix, après l'application du plan de désengagement», a affirmé M. Sharon dans ce discours radiotélévisé.

«Le monde attend la réponse des Palestiniens, une main offerte à la paix ou le feu du terrorisme. À une main offrant la paix, nous répondrons avec une branche d'olivier. Mais s'ils choisissent le feu, nous répondrons par le feu, plus sévèrement que jamais», a ajouté M. Sharon.

M. Abbas a pour sa part affirmé à Gaza que le retrait israélien constituait un pas important et historique. «Les retraits ne doivent pas avoir lieu à Gaza seulement, mais aussi en Cisjordanie.

N'empêche, il s'agit en principe d'un pas historique que nous devons consolider et mettre à profit pour le bien de notre peuple», a-t-il souligné.

Alors que les projecteurs étaient braqués sur la bande de Gaza, l'armée israélienne a annoncé dans la soirée avoir achevé l'évacuation de deux colonies isolées du nord de la Cisjordanie sur quatre, abritant 500 colons, promises au démantèlement. «L'évacuation de Ganim et de Kadim a été réalisée avec succès», a déclaré un porte-parole de l'armée

Dans la bande de Gaza, des soldats et des policiers israéliens ont distribué dans une certaine confusion des ordres aux colons les sommant de partir de leur plein gré d'ici à minuit ce soir, faute de quoi ils seraient évacués par la force vers le territoire israélien.

Dans la colonie de Neve Dekalim, la principale de Gaza, la police s'est heurtée à des manifestants hostiles au retrait avant de pénétrer dans la colonie pour distribuer les ordres d'évacuation.

À la-mi journée toutefois, un convoi de camions transportant des conteneurs a pénétré dans la colonie sans être inquiété par les manifestants pour charger le déménagement des colons souhaitant partir de leur plein gré.

À Morag, une colonie du sud de la bande de Gaza, des colons ont étreint des officiers et d'autres, en larmes, ont expliqué qu'ils ne voulaient pas quitter leur maison, tandis qu'un député d'extrême-droite, Benny Eilon (Union nationale), tentait de convaincre les militaires de désobéir aux ordres.

Dans plusieurs colonies, les opposants au retrait ont bloqué les entrées à l'aide de poubelles, de pneus et de barbelés avant de faire leur prière du matin.

De 700 à 800 familles, soit la moitié des colons encore présents dans la bande de Gaza, auront quitté volontairement ce territoire d'ici à ce soir, a pour sa part estimé le conseiller pour les affaires stratégiques d'Ariel Sharon.

Quelques heures après le début de la distribution des ordres d'évacuation, le gouvernement israélien a voté comme prévu le démantèlement des 15 colonies de Goush Katif, le principal bloc de colonies de la bande de Gaza.

À peine le compte à rebours lancé à Gaza, M. Mofaz a annoncé qu'Israël entendait garder le contrôle de six blocs de colonies en Cisjordanie. Ces implantations détermineront «le tracé de notre frontière orientale qui doit être défendable et nous assurer une profondeur stratégique», a-t-il estimé . Mais pour le principal négociateur palestinien, Saëb Erakat, «si le gouvernement israélien souhaite la paix, il lui faudra choisir entre la paix ou les colonies».

Les blocs de colonies qu'Israël entend conserver regroupent la majorité des 240 000 colons israéliens en Cisjordanie. Ce chiffre ne comprend pas les quelque 200 000 habitants des quartiers israéliens construits à Jérusalem-est annexée par l'État hébreu.

À de multiples reprises, Ariel Sharon a rejeté toute concession sur les grands blocs de colonies de Cisjordanie en affirmant qu'Israël avait l'intention de les annexer à terme. «Les blocs de colonisation continueront à exister, ils seront reliés territorialement à l'État d'Israël, je ne négocierai en aucun cas sur Jérusalem, de même qu'il n'y aura pas de retour des réfugiés palestiniens de 1948 en Israël», a-t-il réaffirmé le 10 août.

Pour sa part, Washington a appelé hier Israéliens et Palestiniens à coopérer pour faire du retrait israélien de la bande de Gaza un succès, soulignant que les opérations prendraient du temps.

«Ce processus prendra plusieurs semaines», a souligné le porte-parole du département d'État, Sean McCormack. «Ce qui est crucial, c'est que les Israéliens et les Palestiniens travaillent ensemble pour faire du retrait un succès, pour s'assurer que le retrait se déroule dans une atmosphère de calme.»