Espoir de paix en Indonésie

Helsinki — Le gouvernement indonésien et les rebelles séparatistes de la province d'Aceh ont signé hier un accord de paix visant à mettre fin à près de 30 ans de guerre civile.

L'accord signé à Helsinki par le ministre indonésien de la Justice, Hamid Awaluddin, et Malik Mahmood, représentant du Mouvement Aceh libre (GAM), accordera l'amnistie aux rebelles qui devront déposer les armes d'ici à la fin de l'année.

L'armée indonésienne, quant à elle, a accepté de réduire ses mouvements dans la province du nord de l'île de Sumatra.

Le président indonésien, Susilo Bambang Yudhoyono, a salué un «jour historique, très heureux» et il a exprimé sa gratitude à l'encontre de ses «frères» du GAM pour avoir travaillé à la «réunification de la grande famille indonésienne afin de construire un avenir meilleur en Aceh».

À New York, le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, a salué cet accord et a dit son espoir que les deux parties l'appliquent dans sa totalité afin de favoriser une paix durable, a déclaré Stephane Dujarric, porte-parole de l'ONU.

Le chef de la diplomatie européenne, Javier Solana, a pour sa part exprimé l'espoir que la signature de cet accord facilite la reconstruction de la province, particulièrement dévastée par le tsunami du 26 décembre dernier.

Mais le GAM a immédiatement prévenu que la trêve, dont l'application sera surveillée par 250 observateurs étrangers, pourrait être mise à mal par des milices locales équipées, selon le mouvement rebelle, par l'armée régulière.

«Des miliciens ont récemment déclaré qu'ils tueraient les membres du GAM une fois ceux-ci désarmés», a affirmé Mahmood. «Si le GAM se défend contre ces milices, l'armée disposera alors du prétexte qu'elle recherche pour relancer les opérations militaires contre le Gam. Cela mettrait fin au processus de paix.»

Ces inquiétudes soulignent la difficulté de la tâche qui attend les observateurs en Aceh. Ces derniers seront envoyés par l'Union européenne, la Norvège et la Suisse, ainsi que par la Malaisie, les Philippines, Singapour, la Thaïlande et Bruneï.

Une précédente trêve, signée en décembre 2002, avait volé en éclats cinq mois plus tard. Jakarta accusait le GAM de ne pas avoir désarmé et les rebelles, en retour, reprochaient à l'armée des actes hostiles. Devant le regain de tension, les observateurs avaient alors quitté la province.

Le gouvernement et les rebelles se sont d'ores et déjà rejeté mutuellement la responsabilité des affrontements qui se sont produits sporadiquement alors que les deux parties sont convenues d'une trêve, il y a un mois.

Les négociations de paix ont progressé à la suite du séisme et du raz-de-marée du 26 décembre. On estime à 170 000 le nombre de morts et disparus et à un demi-million le nombre de sans-abri dans cette région, majoritairement musulmane, de quatre millions d'habitants.

La principale avancée a été obtenue lorsque les rebelles ont renoncé à leur revendication indépendantiste que le gouvernement a accepté la participation du GAM au processus politique. Le conflit a coûté la vie à plus de 12 000 personnes depuis 1976.