Jour J dans la bande de Gaza

À la veille du démantèlement, un jeune garçon inscrit «Nous vivions heureux» sur les murs de sa maison d’Elei Sinai au nord de Gaza.
Photo: Agence Reuters À la veille du démantèlement, un jeune garçon inscrit «Nous vivions heureux» sur les murs de sa maison d’Elei Sinai au nord de Gaza.

Bande de Gaza — Les colonies de la bande de Gaza ont vécu hier leurs dernières heures d'existence légale avant leur démantèlement qui a débuté à minuit. Les derniers préparatifs s'accélérant, les lignes de bus desservant les implantations ont été suspendues et l'armée israélienne a installé des barrages sur les routes menant au territoire.

À minuit hier, Israël devait pour la première fois se retirer de terres revendiquées par les Palestiniens. L'armée devait boucler les 21 implantations, donnant le coup d'envoi officiel du désengagement. Ce n'est qu'à compter de mercredi que la force sera utilisée pour évacuer ceux des 8500 colons qui auraient refusé de partir: Tsahal s'attend à ce qu'une moitié d'entre eux s'en aillent volontairement.

Hier, les colons refusant la mise en oeuvre du plan de désengagement de l'ensemble des implantations juives de Gaza ont fermé les grilles d'accès à leurs enclaves pour empêcher les militaires de venir délivrer des avis d'expulsion aux habitants des colonies.

Les risques de perturbations ont augmenté avec l'arrivée de 4000 extrémistes juifs venus prêter main-forte à ceux qui, parmi les 8500 habitants de Gaza, comptent résister. «Nous sommes au plus haut niveau d'alerte», a dit Moshe Karadi, le chef de la police israélienne.

Le sud-ouest d'Israël est parsemé de barrages routiers devant permettre d'éviter que d'autres adversaires du retrait n'entrent dans le bloc de colonies du Gush Katif ou ne bloquent les routes permettant l'évacuation des colons.

Au coup d'envoi, dans la nuit d'hier à aujourd'hui, des opérations de retrait israélien de ce territoire, des colons en colère ont brisé des vitres de voitures et mis le feu à des pneus dans une colonie de la bande de Gaza. Au moins quatre voitures ont vu leurs vitres voler en éclats à l'entrée de la principale colonie du sud de la bande de Gaza, Neve Dekalim, où les protestataires ont également tenté de lacérer les pneus d'un véhicule militaire.

Des jeunes gens se sont par ailleurs emparés de cartes militaires qui se trouvaient à l'intérieur de jeeps militaires et les ont incendiées.

En vertu d'un accord relativement exceptionnel entre Israéliens et Palestiniens, quelque 7500 membres des forces de sécurité palestiniennes ont commencé à se déployer aux abords des colonies de Gaza pour empêcher toute attaque des activistes pendant le retrait israélien. Ces agents, qui doivent se poster à quelque 150 mètres des soldats israéliens, doivent en outre empêcher les éventuels pillages dans les colonies désertées. Coiffés de casquettes rouges, les Palestiniens en treillis ont apporté des tentes et des matelas en prévision des nuits qu'ils passeront sur leurs positions.

«Nous souhaitons que les colons et l'armée partent dans la paix et la sécurité», a dit le président Mahmoud Abbas sur une chaîne israélienne. «C'est ce que nous tentons de réaliser. Si vous sortez maintenant dans les rues, vous verrez qu'il y a un accord parfait entre tous les citoyens palestiniens et les factions. Tout le monde souhaite un retrait dans le calme.»

48 heures pour partir

La désengagement a débuté hier à minuit par la fermeture des frontières menant aux colonies. «À partir de ce moment-là, les gens pourront sortir [des colonies] mais ne pourront plus y entrer», a dit Miri Regev, un porte-parole de l'armée.

Israël doit délivrer aujourd'hui des avis d'expulsion aux habitants des 21 colonies de la bande de Gaza et de quatre des implantations de Cisjordanie aux termes du plan d'Ariel Sharon prévoyant un «désengagement» des territoires occupés jugés secondaires au plan de la sécurité.

Les 9000 colons invités à partir auront 48 heures pour le faire, après quoi des unités de militaires israéliens non armés arriveront, mercredi à l'aube, pour évacuer les récalcitrants.

Avner Shimoni, président du conseil des colons de Gaza, n'a pas voulu confirmer la fermeture des grilles des implantations. Mais il a précisé: «Nous n'allons pas faciliter le travail de ceux qui viendront nous expulser. À mon avis, 50 à 60 % d'entre nous resteront et les autres partiront [avant mercredi]», a-t-il ajouté. Hier, quelques caravanes de colons quittaient déjà le Gush Katif.

Les sondages montrent qu'une majorité d'Israéliens est favorable au plan du premier ministre Ariel Sharon pour désamorcer la crise avec les Palestiniens. Dan Harel, commandant des forces israéliennes à Gaza, a déclaré que 4000 adversaires du retrait avaient pénétré dans les colonies ou y demeuraient malgré l'expiration de leur permis.

Barricades

«Ces 3000 ou 4000 personnes n'empêcheront pas l'armée ou la police de mettre en oeuvre les décisions du gouvernement et du parlement. Les choses vont être plus pimentées mais, je l'espère, pas plus violentes», a-t-il dit.

Il a dit espérer que la moitié des colons partent volontairement avant mercredi. Israël s'est fixé pour objectif d'en avoir terminé le 4 septembre avec le désengagement. Le gouvernement a affecté 50 000 policiers et militaires au retrait.

National Home, une organisation hostile au désengagement, a appelé les colons à bloquer les accès de Gaza avec leurs voitures, voire physiquement. Elle a demandé aux colons de se barricader dans leurs maisons, de s'attacher aux meubles avec des chaînes.

S'ils sont placés dans des bus pour être évacués, les colons «doivent faire leur possible pour en sortir, si nécessaire par les fenêtres».

Les synagogues de plusieurs colonies étaient remplies de fidèles samedi soir. Des passages du Livre des Lamentations ont été lus à l'occasion de Tisha B'Av, fête marquant la destruction, relatée par la Bible, de deux temples de Jérusalem.

Par ailleurs, dans la partie arabe de Jérusalem, des milliers de policiers israéliens se sont déployés pour empêcher d'éventuels accrochages entre des musulmans et des fidèles juifs près du Mur des Lamentations.

Les Palestiniens ont bien accueilli l'annonce du retrait israélien, mais craignent qu'Israël ne veuille, par cette manoeuvre, assurer le maintien de son emprise sur la majeure partie de la Cisjordanie, où vivent 230 000 colons et 2,3 millions de Palestiniens, contrairement à ce que prévoit la «feuille de route» pour la paix.