La constitution irakienne est attendue aujourd'hui

Bagdad — Les discussions se poursuivaient hier soir à la commission constituante irakienne, mais plusieurs de ses membres ont fait part de leur optimisme quant à la conclusion d'un accord aujourd'hui, échéance fixée pour la présentation de la constitution au Parlement.

Les députés irakiens ont été convoqués à une session spéciale aujourd'hui à 18h. Beaucoup s'attendent à ce que l'Assemblée nationale se penche d'emblée sur l'examen du projet de constitution. «Nous espérons que le projet de constitution sera présenté lors de cette réunion», a dit Nasser al-Aouadi, un membre sunnite de la constituante.

Bahaa al Araji, un représentant chiite, a également estimé que la constitution serait probablement présentée au Parlement dans les temps, à savoir aujourd'hui, bien que les discussions sous la conduite du président Djalal Talabani se poursuivaient hier soir.

Le premier ministre Ibrahim Djaafari s'est dit «optimiste» devant les journalistes quant à la perspective d'un accord aujourd'hui. «À ce que l'on m'a dit, il y a un accord et le document sera présenté dans les temps», a dit Laïss Koubba, son porte-parole et conseiller.

Le principal point s'achoppement est la question du fédéralisme, ardemment défendu par les Chiites et les Kurdes. L'autre problème est celui de la place de l'islam dans la constitution. Les Chiites souhaitent une importante référence à la religion.

L'ambassadeur des États-Unis en Irak, Zalmay Khalilzad, a joué un rôle très important dans le processus constitutionnel, a-t-on appris de source proche des négociations. Des photographies prises hier lors de la réunion de la constituante montrent Khalilzad assis au centre d'une table en face de Talabani, au milieu d'hommes politiques tout sourire.

«Je suis ici pour aider et quand ils ont besoin d'aide, je suis très content de faire ce que je peux», a dit l'ambassadeur en ajoutant que l'islam ne devait pas être la seule et unique source d'inspiration de la loi. «Nous pensons qu'il est très important que la démocratie et les droits de l'homme, les droits cités dans le projet [de constitution], se voient accorder une place égale à celle d'autres considérations, à l'autre source qui la guide [l'islam].»

Les Kurdes réclament des garanties quant au maintien de l'autonomie de fait dont ils jouissent dans le Nord, tandis que la majorité chiite milite pour la loi islamique (charia) et préconise la création d'une région chiite autonome dans le Sud.

Les sunnites, qui dominaient le pays du temps de Saddam Hussein, souhaitent un gouvernement central fort qui garde le contrôle des gisements de pétrole concentrés dans le Nord et le Sud. Des petites manifestations de Kurdes ont eu lieu dans le nord du pays pour demander l'organisation d'un référendum sur une possible sécession. Mais il est improbable que cette revendication aboutisse compte tenu de l'opposition que ce projet peut susciter à Bagdad, Ankara, Damas ou Téhéran. Après un référendum sur la constitution prévu en octobre, de nouvelles législatives devraient avoir lieu en décembre.

Al-Qaïda menace ses frères

Par ailleurs, cinq soldats américains ont été tués dans des attaques depuis vendredi et un GI a été retrouvé mort, ce qui porte à 44 le nombre de morts annoncés parmi les Américains depuis le 1er août.

Au sud de Bagdad, les corps de 30 personnes, dont ceux de deux femmes, ont été découverts dans une fosse commune, alors que 13 suspects, dont trois ressortissants arabes, ont été arrêtés, selon des sources de sécurité.

Un civil a été tué et six blessés dans un attentat à la voiture piégée commis en début de soirée à Bagdad au passage d'une patrouille américaine.

De son côté, la mouvance du chef radical chiite Moqtada Sadr, non impliquée dans les négociations sur la constitution, a annoncé la libération de deux de ses dirigeants dont cheikh Moustapha al-Yacoubi, dont l'arrestation l'année dernière avait provoqué une révolte de chiites en 2004.

Finalement, la section irakienne d'al-Qaïda a menacé de mort ceux qui participeraient au référendum sur la constitution en Irak, prévu en octobre, à travers une campagne de cinq affiches mis en ligne hier.

Les affiches ont été réalisées par «le département de l'information de l'Organisation d'al-Qaïda en Mésopotamie», dans le cadre de ce qu'il appelle «la campagne d'information sur la nécessité de se conformer à la loi de Dieu et de rejeter la loi du tyran mécréant».

Sur le site, on peut voir un panneau d'interdiction, portant le slogan: «Attention, éloigne-toi». Celui-ci est planté devant un bureau électoral frappé d'un cercle rouge. Il est accompagné de ce slogan: «Frères musulmans, sachez que les bureaux électoraux des mécréants seront la cible légitime des attaques des moudjahidines. Donc, tenez-vous en loin pour votre sécurité.»