Fin de l'occupation israélienne à Gaza - La colonie dure de Kfar Darom est prête à résister

Kfar Darom, Bande de Gaza — À Kfar Darom, nulle trace de cartons, de conteneurs et de maisons désertées. Dans cette implantation de colons durs, dont la population a triplé sous l'effet des renforts, les forces d'évacuation de l'armée israélienne savent qu'elles rencontreront une farouche résistance.

À minuit hier, il est devenu illégal pour un citoyen israélien de résider dans la bande de Gaza. Communauté ultra-religieuse de 500 âmes, Kfar Darom est isolée des autres implantations et séparée de la ville palestinienne de Deir el-Balah par une série de murs et de clôtures. Fondée en 1946, cet ancien kibboutz avait déjà été évacué à l'issue d'un siège égyptien de trois mois lors de la guerre d'indépendance de 1948.

Après la prise de Gaza par Israël en 1967, Tsahal avait construit un poste sur le site. En 1989, un groupe de civils a investi les lieux, certains qu'Abraham y avait élevé son bétail, comme l'affirme la Bible. Autour de Kfar Darom des pancartes l'assurent: la colonie «ne tombera pas une nouvelle fois».

Bon nombre des colons juifs de Gaza estiment qu'ils honorent une promesse faite à Dieu en vivant sur cette terre. En face, les Palestiniens affirment que les Israéliens n'ont aucun droit sur ce territoire et voient dans leur présence une forme de colonisation.

Les colons de Kfar Darom ne sont pas les seuls à dire qu'ils ne partiront pas volontairement. Ils se distinguent en revanche par le front uni et inflexible qu'ils opposent au retrait.

L'implantation laïque de Peat Sadeh ressemble à une ville fantôme. À Netzer Hazani, 20 % des 80 familles ont fait leurs valises et sont prêtes à partir, malgré leur opposition au désengagement, selon Anita Tucker, l'un des fondatrices de la colonie. Moshe Engel de Neve Dekalim pense quant à lui que 30 % des habitants de sa communauté auront quitté les lieux avant la date-butoir de mardi minuit.

Rien de tout cela à Kfar Darom. Les maisons sont inchangées et aucun paquet n'a été fait, confirme Sarah Friedman, ancienne habitante aujourd'hui résidente d'une colonie de Cisjordanie. «Les gens de Kfar Darom ne partent pas», résume-t-elle. «Personne ici ne veut coopérer avec un plan aussi mauvais», renchérit le colon Yaakov Goldberg. Mais lui comme ses concitoyens jurent que leur résistance sera non violente.

Sarah Friedman prévoit de s'opposer pacifiquement à son éviction en invitant les soldats à voir les jouets de ses enfants, dans l'espoir de les attendrir.

Chana Barat, paralysée des membres inférieurs voilà trois ans après avoir été la cible d'un tireur isolé, attend elle aussi fermement les militaires. «Je ne me battrai pas contre le soldat qui entrera chez moi en armes», confie-t-elle. «Mais il recevra un coup émotionnel et sa conscience le fera souffrir.»

Kfar Darom a attiré un nombre particulièrement important de renforts extérieurs à la Bande de Gaza, des juifs militants et souvent orthodoxes dont la manifestation de solidarité compliquent le plan d'évacuation du gouvernement Sharon. Des camps de tentes montés sur un champ abritent un millier de ces «invités».

Parmi ces derniers, Sarah Friedman est venue avec ses trois enfants âgés de deux mois à quatre ans. «Quand on me demande pourquoi je suis ici et pourquoi j'expose mes enfants, je réponds que je veux sauver ce pays pour mes enfants, dit-elle. Mes enfants ne sont pas nés sur cette terre pour en être chassés et devenir des sans-abri.»

Pour Shela Rosenak Shorshan, qui a perdu son premier mari dans un attentat palestinien à Kfar Darom, la bataille qui s'annonce dépasse la question des colonies. «C'est la guerre de l'obscurité contre la lumière, la guerre contre un extrémisme islamiste qui veut dominer le monde.»