Iran: durs et modérés se partagent les ministères

Téhéran — Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a soumis hier au Parlement la liste de son gouvernement, dans lequel les ultras aux postes «politiques» et les conservateurs modérés aux ministères stratégiques se partagent les tâches.

M. Ahmadinejad, qui avait promis de se fonder sur la seule compétence pour désigner les ministres, a choisi de nouveaux visages, jeunes pour beaucoup, rompant ainsi avec les seize années de présidence d'Akbar Hachémi Rafsandjani et de Mohammad Khatami.

Son gouvernement ne fait appel à aucune femme. Il a en en moyenne 48,5 ans, l'âge de M. Ahmadinejad à quelques mois près, et très peu de ses membres ont une expérience ministérielle.

«L'axe principal axe de l'action de mon gouvernement est la justice qui doit se refléter dans tous les programmes économiques, culturels et sociaux», a dit M. Ahmadinejad lors d'une rencontre avec les membres de son cabinet. Il a aussi enjoint aux ministres d'oeuvrer à «la culture nationale» et de combattre avec vigueur «la puissante vague d'occidentalisation et ses fléaux».

Il a aussi signé un «pacte» avec ses ministres, par lequel ils s'engagent à «ne pas nommer des membres de leur famille et à renoncer à toutes activités économiques».

«C'est une coalition des différents courants de la droite. Les durs et les modérés ont leurs parts», a déclaré l'analyste Saïd Leylaz, «les postes économiques, notamment le Pétrole, et les Affaires étrangères échoient plutôt à des conservateurs modérés».

Au moment où le prix du baril bat ses records, M. Ahmadinejad a proposé pour le ministère du Pétrole du deuxième producteur de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) un quasi-inconnu, présenté comme un pragmatique par de premiers commentaires: Ali Saïdlou assurait l'intérim de M. Ahmadinejad à la mairie de Téhéran. Il aura la lourde tâche de veiller à l'augmentation des capacités pétrolières du pays et une part cruciale dans la décision stratégique d'ouvrir ou non davantage le pays aux compagnies étrangères.

Un autre conservateur modéré, le député Manouchehr Mottaki, a été présenté pour succéder aux Affaires étrangères à Kamal Kharazi alors que l'Iran est soumis aux pressions internationales à cause de ses activités nucléaires.

M. Ahmadinejad, dont la victoire imprévisible devait beaucoup aux milieux défavorisés, avait promis tout à la fois un «gouvernement de modération» et l'avènement d'une «société islamique exemplaire, développée et puissante». Il avait assigné pour priorités à son gouvernement de défendre l'islam et la justice et de combattre le chômage.

Pour les postes intérieurs, il s'en est à l'évidence remis à des durs.

Un ancien vice-ministre des Renseignements, le religieux Mostafa Pour-Mohammadi, est proposé pour l'Intérieur.

Un autre hodjatoleslam (religieux de rang intermédiaire), Gholamhossein Mohseni-Ejeie, devrait recevoir le portefeuille politiquement lourd des Renseignements. Il avait longtemps travaillé dans ce ministère avant de présider le tribunal spécial du clergé.

La sélection de Mohammad-Hossein Safar Harandi pour la Culture et la Guidance islamique risque de nourrir la crainte d'une reprise en main après la libéralisation des années Khatami.

M. Safar Harandi était encore récemment un des directeurs du quotidien ultraconservateur Kayhan, connu pour ses positions très dures sur la politique intérieure et étrangère.

Le parlement a une semaine pour examiner la liste des 21 ministres avant de voter la confiance à chacun d'eux. Son approbation ne fait guère de doute.

Le dernier mot en politique continuera à revenir au Guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, auquel M. Ahmadinejad passe pour entièrement dévoué.