Le journaliste israélien Amotz Asa-El au Devoir - De l'utopie au pragmatisme

Deux écoles de pensée se sont longuement affrontées au sein de la société israélienne après la victoire de l'État juif au terme de la guerre de Six Jours en 1967. D'un côté, les partisans d'un «Grand Israël», qui refusent toute concession territoriale au nom de ce qu'ils considèrent comme étant les frontières de l'État juif aux temps bibliques. De l'autre, ceux qui favorisent la rétrocession de territoires aux Palestiniens et aux pays arabes voisins en contrepartie d'une paix durable.

Aujourd'hui, croit Amotz Asa-El, un des responsables de la rédaction du Jerusalem Post (executive editor), la majorité des Israéliens rejettent ces deux écoles de pensée comme étant des utopies.

«Nous devons rester pragmatiques et nous devons prendre conscience que nous sommes trop petits pour prétendre remodeler le Moyen-Orient», a dit en fin de semaine l'éditeur du Post devant un groupe de journalistes montréalais.

Selon lui, le pragmatisme passe aujourd'hui par la fameuse «clôture de sécurité» séparant Israël de la Cisjordanie, d'une part, et par le retrait unilatéral de la bande de Gaza, démantèlement de colonies juives à la clé, d'autre part.

Les préparatifs du retrait de Gaza, prévu en août, sont trop avancés pour que celui-ci soit reporté, et ce, malgré le vif débat qui l'entoure et le risque de voir certains colons réagir violemment, croit-il.

Le désengagement à Gaza a le mérite de redonner l'initiative à Israël dans la gestion de son contentieux avec les Palestiniens, tout en permettant à l'État juif d'affronter enfin des enjeux intérieurs longtemps négligés, fait valoir M. Asa-El.

«Il ne faut pas le comparer à l'amputation d'un membre, mais plutôt à l'extraction d'une tumeur», dit M. Asa-El, qui rappelle que l'enclave de Gaza abrite la majorité des Palestiniens. On sait que, du point de vue démographique, l'idée d'un seul État pour les Juifs et les Arabes vivant en Israël et dans les territoires disputés, parfois avancée par la partie palestinienne, compromettrait la caractère juif du premier.

Les Palestiniens verront-ils dans le retrait israélien de Gaza une victoire, comme le mouvement Hezbollah l'avait fait à la fin de l'occupation israélienne du sud du Liban il y a cinq ans? Non, répond le journaliste du Post, qui signale que la Syrie vient de retirer ses troupes du Liban.

La clôture symbolise les «attentes populaires» israéliennes, croit M. Asa-El, parce que le Moyen-Orient tarde selon lui «à se tourner du côté de l'avenir».

M. Asa-El reconnaît qu'il s'agit d'une solution temporaire. Interrogé pour savoir s'il considère qu'Israël doit se doter d'une vision à long terme sur l'avenir de la Cisjordanie, M. Asa-El renvoie la balle dans le camp adverse. «Le problème vient de la façon dont les leaders arabes traitent leurs propres populations», affirme-t-il.

M. Asa-El a fait plusieurs mises en contexte historiques au cours de son entretien. Ainsi, selon lui, l'invasion israélienne du Liban en 1982 et les accords d'Oslo de 1993 «représentaient les deux côtés d'une même médaille». Menahem Begin [premier ministre de droite de 1977 à 1983] voulait (initialement) démocratiser le Liban et remodeler le Moyen-Orient militairement. Oslo visait à réaliser ce remodelage par des voies diplomatiques», explique M. Asa-El, pour illustrer l'échec des deux écoles de pensée susmentionnées.