Bolivie - Des élections anticipées sont évoquées pour résoudre la crise

La Paz — Des pourparlers entre les différents acteurs de la crise bolivienne, parrainés par l'Église catholique, ont évoqué avec insistance hier la possibilité d'élections législatives et présidentielle anticipées.

Cela n'a pas empêché les groupes sociaux qui manifestent depuis deux semaines en Bolivie d'annoncer hier qu'ils intensifieraient aujourd'hui les barrages routiers, rejetant un appel à l'abandon de la violence et de l'intransigeance lancé vendredi par l'église catholique.

Ils menacent de laisser La Paz sans combustible, sans aliments et sans transports jusqu'à ce que le gouvernement et le Parlement adoptent une loi pour nationaliser les hydrocarbures.

La Confédération syndicale unique des paysans de Bolivie a estimé que les concertations lancées par l'église ce week-end «ne résoudront pas la principale revendication sociale qui est la nationalisation des hydrocarbures».

L'église mandatée pour une mission de médiation par le président Carlos Mesa a reçu depuis samedi les présidents du Sénat, de la Chambre des députés et de la Cour suprême. Tous ont évoqué la possibilité d'élections législatives et présidentielle anticipées pour sortir de la crise, selon des sources de la présidence.

Hormando Vaca Diez, président du Sénat, a expliqué à la presse avoir défendu l'idée d'un scrutin anticipé, car «il n'y a pas de pouvoir central, il y a un président, mais il ne gouverne pas et n'unifie pas et est devenu l'un des protagonistes du conflit».

Le président de la Chambre des députés, Mario Cossio, a estimé que si un accord est trouvé sur des élections générales anticipées, il n'hésitera pas à démissionner.

Pour qu'un tel scrutin ait lieu, il faut au préalable que le président démissionne ainsi que les présidents du Sénat et de la Chambre des députés, permettant ainsi au président de la Cour suprême de convoquer les élections.

Le président de la Cour suprême Eduardo Rodríguez Veltzé a confirmé que cette hypothèse avait été discutée, mais a précisé que «pour le moment rien n'est décidé».

Jeudi, après plusieurs jours de silence, le président Mesa avait repris l'initiative en convoquant des élections le 16 octobre pour une assemblée constituante et un référendum sur l'autonomie régionale.

Son décret avait été rapidement qualifié d'inconstitutionnel par certains juristes selon lesquels la proposition de M. Mesa devait avoir l'aval du congrès. L'offre de M. Mesa avait en outre été rejetée par les manifestants qui étaient restés très mobilisés.

Abel Mamani, chef de la puissante fédération des comités de quartier de El Alto, a estimé qu'un scrutin anticipé était une solution démocratique mais a précisé que «ce que les mouvements sociaux exigent c'est la nationalisation des hydrocarbures».

Le secrétaire général de la conférence épiscopale, Mgr Jésus Juarez, évêque de El Alto, a souligné que les pourparlers ne sont que préliminaires.

Voilà pourquoi les groupes sociaux ont annoncé hier, par la voix de la fédération des comités de quartier de El Alto (Fejuve) d'Abel Mamani et de la Centrale ouvrière, que leurs militants «descendront» aujourd'hui sur La Paz pour une «gigantesque mobilisation qui paralysera toutes les activités de la ville».

Selon le service national de voirie, 55 points névralgiques du pays sont bloqués dans sept départements. Les paysans et indigènes contrôlent les routes entre la Bolivie, le Pérou et le Chili dans l'ouest, avec l'Argentine et le Paraguay au sud ainsi qu'une importante route reliant l'est au nord-est.

L'association des distributeurs Asosur a indiqué pour sa part qu'il n'y a déjà pratiquement plus d'essence ni de diesel dans les stations service de La Paz qui consomme 900 000 litres par jour d'essence et 450 000 de diesel.

Des manifestants bloquent depuis mardi dernier les entrées et sorties de camions citerne de la raffinerie de Senkata, implantée dans le conflictuel quartier de El Alto, à 12 km de La Paz.