L'Iran pose ses conditions pour maintenir la suspension de l'enrichissement

Téhéran — Les Iraniens ont posé leurs conditions pour accepter de maintenir jusqu'à fin juillet la suspension d'activités controversées, dans le souci de ne pas laisser les Européens «jouer la montre» et retarder la progression de leur programme nucléaire.

Téhéran réclame de coopérer à l'élaboration des propositions que l'Europe s'est engagée à lui faire d'ici à fin juillet pour tenter de convaincre l'Iran de ne pas reprendre les activités d'enrichissement de l'uranium, a dit hier à l'agence officielle, Irna, Ali Agha Mohammadi, un des négociateurs iraniens.

Les ministres allemand, britannique et français des Affaires étrangères, au nom de l'Union européenne, ont proposé le 25 mai aux Iraniens de leur faire d'ici à fin juillet des propositions de coopération concrètes et détaillées. Le dirigeant iranien chargé du nucléaire, Hassan Rohani, était reparti de Genève en disant qu'il devait soumettre cette offre au pouvoir.

Les propos d'Ali Agha Mohammadi sont la réponse officielle du pouvoir à l'offre européenne. Ils confirment des informations obtenues de sources diplomatiques auprès de l'Agence internationale de l'énergie atomique à Vienne.

«L'Iran a accepté la proposition européenne et l'Europe a jusqu'à fin juillet pour soumettre une offre complète et détaillée [...], à condition que les trois groupes de travail et le comité de pilotage se réunissent et qu'il y ait un échange entre les ministres européens des Affaires étrangères et [M. Rohani] afin que la proposition européenne soit conforme aux objectifs qui seront convenus», a-t-il déclaré.

Les groupes de travail et le comité de pilotage qui les chapeaute travaillent à un accord à long terme par lequel les Iraniens fourniraient des «garanties objectives» que leurs activités nucléaires restent purement civiles, en échange d'une coopération nucléaire et technologique, commerciale et politique.

Pour les Européens, un tel accord n'est possible que si les Iraniens renoncent définitivement à l'enrichissement, seule garantie probante à leurs yeux que le programme nucléaire de la République islamique n'est pas détourné pour fabriquer l'arme nucléaire.

Se disant mécontents des résultats des tractations engagées en décembre 2004, les Iraniens ont annoncé le 30 avril leur intention de reprendre une partie des activités relatives à l'enrichissement, qu'ils avaient accepté de suspendre en novembre.

Les Européens les ont prévenus qu'ils n'auraient alors d'autre choix que de soutenir un recours au Conseil de sécurité, prôné par les Américains.

Le dialogue a été sauvé in extremis le 25 mai à Genève.

Mais les Iraniens accusent les Européens de seulement chercher à gagner du temps pour que dure la suspension de l'enrichissement. Ils ont refusé à Genève que les Européens présentent leurs propositions en septembre.

Une majorité de députés a réclamé la semaine passée l'application rapide d'une loi récente forçant le gouvernement iranien à garantir la production de combustible nucléaire, donc l'enrichissement d'uranium.

M. Rohani a affirmé hier que Téhéran n'accepterait les propositions européennes que si elles permettent à l'Iran de produire du combustible nucléaire. «À Genève, nous avons dit aux trois ministres européens que leurs propositions ne seraient acceptées que si elles stipulaient que l'Iran peut produire du combustible nucléaire à l'intérieur de l'Iran», a-t-il dit aux journalistes à son arrivée à Koweït.