Les charges retenues contre Saddam Hussein seront réduites

Bagdad — Le gouvernement de Bagdad veut juger Saddam Hussein «dès que possible». Pour éviter une «perte de temps», l'ancien dictateur irakien ne répondra que d'une douzaine de chefs d'accusation, a annoncé hier un porte-parole du premier ministre Ibrahim al-Jaafari, qui pense voir s'ouvrir le procès d'ici deux mois. Une annonce qui a provoqué l'étonnement des avocats de l'ex-dictateur.

Le gouvernement irakien n'a pas hésité hier à se faire le porte-parole des magistrats. D'après ces derniers, l'ex-président irakien pourrait être poursuivi pour près de 500 chefs, mais «il n'y a pas de raison de s'épuiser inutilement à le juger pour les 500», a expliqué à la presse le porte-parole du premier ministre, Laith Kouba.

Aussi, a-t-il annoncé, les charges retenues contre lui seront réduites à une douzaine seulement. Des chefs «soigneusement documentés» et les juges sont d'ailleurs «convaincus qu'il sera reconnu coupable pour tous», a ajouté M. Kouba.

Le porte-parole du chef du gouvernement dominé par les chiites n'a pas dit quels seraient les chefs retenus, se contentant de préciser que l'attaque aux armes chimiques sur la ville kurde d'Halabja en 1988 dans le nord de l'Irak en faisait partie. Le 16 mars de cette année-là, l'attaque avait fait plusieurs milliers de morts et quelque 10 000 blessés. Une liste fournie par le tribunal compte 14 chefs, dont le gazage de la ville kurde d'Halabja.

Pour le porte-parole, un procès dans les deux prochains mois est possible: «il ne devrait pas y avoir d'objection à ce qu'un procès se tienne dans cette échéance [...] Le point de vue du gouvernement est que le procès de Saddam doit avoir lieu dès que possible», a-t-il dit.

Aucune date n'a toutefois encore été fixée pour le procès de Saddam Hussein, sous la garde des Américains dans un centre de détention de Bagdad depuis sa capture en décembre 2003.

Mais la façon de faire du gouvernement irakien soulève déjà les protestations des avocats de Saddam Hussein. «Il est illégal d'édicter des charges de cette façon contre le président irakien», a dénoncé l'un de leurs représentants, Me Issam Ghazaoui. Pour lui, «les accusations doivent être formulées par la justice et les avocats doivent en obtenir copie».

Le 1er juillet dernier, Saddam Hussein avait été présenté à la justice pour être inculpé de plusieurs chefs assez larges, comme les meurtres d'opposants politiques durant ses trois décennies de pouvoir, le gazage de Kurdes irakiens à Halabja en 1988, l'invasion du Koweït en 1990 et la répression sanglante des soulèvements kurdes et chiites de 1991 après la guerre du Golfe.

216 suspects arrêtés en deux jours

Sur le terrain, l'opération Éclair destinée à sécuriser Bagdad s'est concentrée hier, au début de sa deuxième semaine, sur la zone située au sud de la capitale. En outre, la violence sporadique a fait neuf tués depuis samedi soir, dont un entrepreneur égyptien, abattu à Bagdad par des hommes armés.

Le porte-parole du gouvernement Leith Koubba a indiqué à la presse que l'opération de sécurité lancée le 29 mai s'était déplacée vers le «Triangle de la mort», au sud de Bagdad, une zone réputée pour les nombreuses attaques menées par les rebelles contre les forces de sécurité et les civils.

Les chiffres du ministère de l'Intérieur indiquent que sur les 216 suspects arrêtés en deux jours, 164 l'ont été dans cette région. Au total, quelque 1116 suspects ont été arrêtés depuis le début de l'opération menée par quelque 40 000 soldats et policiers irakiens, appuyés par près de 10 000 soldats américains.

Au nord de Bagdad, le commandant Mohammed Azzaoui, chef de la police de Bohrouz a échappé à des tirs d'armes légères qui ont tué l'un de ses gardes et blessé un autre ainsi que deux civils.

Un autre chef de police, celui de la province de Babylone, a échappé à un attentat, samedi soir. À Bagdad même, un entrepreneur égyptien a été abattu par balles par des inconnus qui ont intercepté sa voiture alors qu'à 300 km plus au nord, un soldat irakien a été tué et trois autres ont été blessés dans un attentat suicide à la moto piégée.

D'autre part trois Irakiens, dont un enfant, ont été tués accidentellement par des tirs de soldats irakiens lors d'accrochages avec des rebelles à Dour, à 155 km au nord de Bagdad.

Par ailleurs, deux des hommes d'Abou Moussab al-Zarqaoui, chef du réseau terroriste al-Qaïda en Irak, ont été arrêtés à Mossoul. Le premier, Mollah Mehdi, a été arrêté vendredi soir et le deuxième, Motlek Mahmoud Motlek Abdallah, connu sous le nom d'Abou Raad, le 28 mai.

Avec l'AFP