Amnesty critique «l'archipel» de prisons secrètes des Américains

Étude du Coran à Gaza City. Les précisions du Pentagone quant à la «mauvaise utilisation» du livre sacré par des militaires à Guantanamo ont été jugées insuffisantes hier par l’Égypte.
Photo: Agence Reuters Étude du Coran à Gaza City. Les précisions du Pentagone quant à la «mauvaise utilisation» du livre sacré par des militaires à Guantanamo ont été jugées insuffisantes hier par l’Égypte.

Washington — Amnesty International a accusé hier les États-Unis d'avoir établi un «archipel» de prisons souvent secrètes dans le monde, relançant les critiques contre les détentions pratiquées par les forces américaines dans le cadre de leur «guerre contre le terrorisme».

«Les États-Unis maintiennent un archipel de prisons dans le monde, et nombre d'entre elles sont secrètes», a déclaré William Schulz, directeur de l'organisation de défense des droits de l'homme pour les États-Unis.

«Les gens disparaissent littéralement, sont détenus indéfiniment au secret sans avoir accès à un avocat, à un système judiciaire ou à leur famille», a ajouté le responsable d'AI sur la chaîne Fox News.

L'administration américaine, du président George W. Bush au secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld, avait déjà protesté avec vigueur ces derniers jours contre l'expression de «goulag de notre époque», employée fin mai par Amnesty à l'égard de Guantanamo.

Les dirigeants américains ont qualifié «d'absurde» tout lien entre les mesures prises dans le cadre de la «guerre contre le terrorisme» et les millions de déportations de civils innocents du temps de l'URSS.

M. Schulz a assuré que cette comparaison ne constituait pas «une analogie littérale», mais qu'il y avait des «similitudes». «Dans certains cas, nous savons que des gens ont été maltraités, torturés et même tués» a-t-il dit.

Le mot «archipel» utilisé hier par M. Schulz évoque aussi implicitement L'Archipel du Goulag, le livre-réquisitoire du célèbre dissident Alexandre Soljénitsyne contre le système concentrationnaire soviétique.

Les États-Unis ont été notamment confrontés à des accusations de tortures dans la prison irakienne d'Abou Ghraïb et en Afghanistan. Des profanations présumées du Coran sur leur base de Guantanamo (Cuba) ont également provoqué une vive émotion dans le monde musulman.

Poursuites réclamées

Hier encore, le ministre égyptien des Affaires étrangères Ahmed Aboul Gheit a fermement condamné les profanations du Coran dans le centre de détention de la base militaire américaine de Guantanamo à Cuba et réclamé que les responsables soient poursuivis.

Devant le Parlement égyptien, Ahmed Aboul Gheit a fait savoir que les autorités égyptiennes avaient fait part à leurs homologues américains de leur position, sans plus de précisions.

«Nous dénonçons de la manière la plus forte ce que le Pentagone a confirmé sur la profanation du Coran», a déclaré le chef de la diplomatie égyptienne lors de sa première rencontre avec les parlementaires depuis son entrée en fonction en janvier dernier. «Nous condamnons ceux qui ont fait cela et nous attendons qu'ils rendent des comptes».

L'armée américaine a publié vendredi un rapport démentant le cas le plus grave — un Coran qui aurait été jeté volontairement dans des toilettes — mais reconnaissant cinq incidents moins importants, présentés comme des cas isolés et largement involontaires dans lesquels le livre saint des musulmans a, entre autres, été piétiné et aspergé d'urine.

Un garde américain a «accidentellement» uriné sur le Coran à Guantanamo et des militaires ont donné des coups de pied dans le livre saint musulman, mais globalement les soldats ont marqué du respect pour le Coran dans le centre de détention, selon le Pentagone.

En revanche, l'enquête du Pentagone «n'a trouvé aucune preuve crédible qu'un membre de la Force de frappe conjointe (JTF) à Guantanamo Bay [Cuba] ait jamais jeté un exemplaire du Coran dans des toilettes», selon ses conclusions rendues publiques vendredi soir par le Commandement Sud dans un communiqué. «Cette affaire est considérée comme close.» Le Pentagone indique que les détenus eux-mêmes ont montré bien moins de respect que leurs geôliers pour le livre saint musulman.

Samedi, la Maison-Blanche a cherché à relativiser l'importance des cas de «mauvaise utilisation» du Coran par des militaires à Guantanamo en accusant notamment les médias d'avoir exagéré l'étendue d'incidents «isolés».

Le New York Times estimait hier de son côté que Guantanamo était devenu «une honte nationale» et que la meilleure chose à faire serait de fermer ce centre de détention établi hors du droit commun ou international. Le journal a repris des accusations selon lesquelles Washington livrait des prisonniers à des pays peu regardants sur les méthodes d'interrogatoire.

Le journal exhorte également Washington à ne pas envoyer certains prisonniers «vers des dictatures coopératives où des autorités locales sans scrupules peuvent les torturer sans que les États-Unis aient à rendre de comptes directement, comme cela aurait eu lieu récemment dans des endroits comme l'Ouzbékistan, la Syrie et l'Égypte».

La prison de Guantanamo a été ouverte en janvier 2002. Environ 500 personnes, capturées principalement en Afghanistan, y sont actuellement détenues.

Plus de deux cents prisonniers ont été rendus à leurs divers pays d'origine pour répondre à la pression internationale et à une décision de la Cour suprême américaine qui avait ouvert l'an dernier la possibilité de recours devant la justice civile.