Violences interethniques en Côte-d'Ivoire - Les militaires n'arrivent pas à empêcher l'exode

Ces femmes pleuraient hier leurs proches tués plus tôt cette semaine dans l’ouest du pays.
Photo: Agence Reuters Ces femmes pleuraient hier leurs proches tués plus tôt cette semaine dans l’ouest du pays.

Duékoué — Les habitants de Duékoué et de sa région, dans l'ouest de la Côte-d'Ivoire, continuaient à fuir hier, malgré le retour d'un calme fragile, après les violences qui ont fait mercredi et jeudi au moins 70 morts entre population locale guéré et dioula du nord.

«Les gens fuient parce que des rumeurs de vengeance circulent dans ces communautés», ont affirmé des Guérés et des Dioulas à l'AFP.

Une centaine de Dioulas, musulmans originaires du nord ou de pays voisins, ont été vus à la gare routière pour repartir vers le nord tandis que des Guérés prenaient la direction de l'est ou du sud pour gagner des villages éloignés des violences. Ils emportaient tous de pauvres affaires, visiblement assemblées à la hâte dans des moyens de fortune.

Le maire de Duékoué, Marcel Djahi, a indiqué que «la situation est calme» et que les «mouvements de populations ont diminué», soulignant que «des efforts de médiation se poursuivent entre les communautés» pour «rétablir la paix».

Le premier ministre Seydou Diarra s'est d'ailleurs rendu à Duékoué hier pour «apporter sa compassion» dans «cette situation dramatique» et a rencontré les communautés.

Représailles

Dans la nuit de mercredi à jeudi, une dizaine de Dioulas avaient été tués en représailles au massacre commis la veille, également en pleine nuit, de plus de 50 Guérés dans deux villages proches de Duékoué, Guitrozon et Petit Duékoué.

Le massacre dans ces deux villages aurait également eu lieu en riposte à la mort, il y a quelques jours, de quatre Dioulas.

Dans un calme précaire, l'armée ivoirienne patrouillait hier dans Duékoué, où des Casques bleus bangladais circulaient dans des camions ou des véhicules blindés, a constaté un journaliste de l'AFP.

Une vingtaine de soldats ivoiriens gardaient également la mission catholique où quelque 4000 à 5000 Guérés ont trouvé refuge depuis deux jours, a-t-on constaté.

Le chef d'état-major de l'armée loyaliste, le colonel-major Philippe Mangou, venu jeudi après-midi à Duékoué, avait annoncé que des renforts avaient été acheminés dans cette ville.

Le dispositif de l'ONU a «été renforcé de façon significative» à Duékoué, a indiqué hier à Abidjan le porte-parole de l'Opération des Nations unies en Côte-d'Ivoire (ONUCI), Hamadoun Touré.

Les communautés guéré et dioula ont fortement mis en cause le comportement des militaires ivoiriens et les Casques bleus de l'ONU, accusés de «passivité» face à ces violences.

Ces deux contingents «n'ont pas joué leur rôle» pour les enrayer, ont affirmé des Guérés et des Dioulas.

Les Guérés estiment que la réaction des soldats loyalistes a été «lente» à Guitrozon, où une trentaine d'entre eux ont été tués, alors qu'ils ont un poste non loin de ce village.

Plusieurs Guérés ont notamment déclaré qu'ils souhaitaient que les soldats français de l'opération Licorne, présents en Côte-d'Ivoire aux côtés des Casques bleus pour y maintenir la paix, reviennent à Duékoué, qu'ils ont quitté en octobre.

Si les soldats français avaient été là, «l'attaque de Guitrozon n'aurait pas duré aussi longtemps et il y aurait eu moins de morts», estime l'un d'eux.

Les Dioulas, pour leur part, accusent les soldats ivoiriens d'être «les complices» des Guérés en «laissant les Guérés nous tuer».

La périphérie nord de la ville marque la limite avec la «zone de confiance», une bande de territoire placée sous l'autorité de l'ONU et de Licorne, qui sépare la zone loyaliste de la partie nord du pays, où est installée la rébellion des Forces nouvelles (FN).