L'or sale de la RDC

Human Rights Watch (HRW) expose dans un nouveau rapport les liens tissés entre une importante entreprise minière internationale et des seigneurs de guerre coupables d'atrocités en Ituri, une région du nord-est de la République démocratique du Congo (RDC) riche en réserves aurifères.

Les ONG de défense des droits humains réclament depuis des années le strict contrôle du commerce de l'or et des diamants à l'échelle internationale, affirmant qu'il contribue de façon catastrophique à la commission de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité dans des pays comme la Sierra Leone et la RDC.

La Malédiction de l'or, publié cette semaine par HRW, montre comment la minière sud-africaine AngloGold Ashanti, qui fait partie du conglomérat international Anglo American, a établi des ponts avec le Front nationaliste et intégrationniste (FNI), une bande armée qui a aidé l'entreprise à accéder à un site potentiellement riche en or, près de Mongbwalu, en Ituri, «alors que les gens sur place sont soumis à des massacres ethniques, des actes de torture et des viols».

Après bien d'autres rapports tirant la sonnette d'alarme à ce sujet mais restant souvent lettre morte, celui de HRW détaille des informations sur la façon dont les seigneurs de guerre utilisent les profits de l'or pour financer leurs activités et acheter des armes. Selon HRW, AngloGold a apporté «un soutien logistique et financier» aux miliciens. Jusqu'en septembre 2004, la minière aurait notamment payé un «impôt» de 600 $US par kilo de marchandises.

L'entreprise nie catégoriquement qu'il y ait eu «relation mutuellement bénéfique». Et si des paiements ont été faits, dit-elle, ils ont été le résultat d'«extorsion».

Le rapport de HRW suit en outre la piste de l'or sale transporté de la RDC jusqu'en Ouganda, d'où il est envoyé sur les marchés étrangers, en particulier européens. L'organisation montre du doigt la compagnie suisse Metalor Technologies qui, sous pression, a annoncé le 20 mai dernier qu'elle suspendait ses achats d'or en Ouganda.

Les organisations comme HRW plaident inlassablement pour la responsabilisation sociale des multinationales. Martelant le message, un des enquêteurs de HRW, Anneke Van Woudenberg, affirme dans le rapport: «Il est important d'investir dans un pays si cela soutient la paix et la démocratie, pas si cela va à son encontre en renforçant la main de chefs de guerre. Tout soutien à de tels groupes, que ce soit directement ou indirectement, doit cesser.»