Un important dissident «torturé à mort» en Syrie, accuse AI

Un influent défenseur de la démocratie en Syrie vient d'être réduit au silence. Le corps de Sheikh Muhammad Mashuq al-Khiznawi, important leader musulman de la communauté kurde, a été rendu mercredi à sa famille par les autorités syriennes trois semaines après sa disparition. Damas a déclaré à ses proches qu'il avait été kidnappé et tué par un gang criminel mais tout indique, selon Amnistie internationale (AI), qu'il a été torturé à mort par les services de renseignement militaires.

M. al-Khiznawi serait au moins le sixième Kurde syrien à mourir en détention des suites d'actes de torture et de mauvais traitements depuis la vague de répression lancée contre les Kurdes en mars 2004, selon les informations dont dispose AI. La nouvelle de sa mort vient se télescoper à l'assassinat, hier à Beyrouth, du journaliste libanais Samir Kassir, connu pour son opposition tranchante à l'occupation syrienne. Elle traduit l'état très préoccupant des droits de la personne dans ce pays où certains attendaient du jeune président Bachar al-Assad, qui a hérité du pouvoir il y a cinq ans, à la mort de son père, qu'il desserre l'étau de la dictature sur la société.

Tolérance

L'affaire est d'autant plus préoccupante que M. al-Khiznawi, 46 ans, était un champion de la tolérance, du respect entre Kurdes et Arabes et de la compatibilité entre islam et démocratie, écrivait hier le journaliste Paul Koring, du Globe and Mail, qui l'avait rencontré à Damas peu avant sa disparition. Imam de la ville de Qamishli, située au nord-est du pays, au coeur du Kurdistan, il n'était ni islamiste radical ni séparatiste (les revendications identitaires du million et demi de Kurdes sont traditionnellement étouffées sous le discours baasiste d'unité nationale). Il était «un modéré, assez brave pour défier M. al-Assad, dit encore M. Koring, mais assez raisonnable pour savoir que le changement sans violence reposait sur le compromis».

Dénonçant le terrorisme, il avait récemment appelé à des réformes politiques et à un plus grand dialogue interreligieux. Son action s'inscrivait dans la balbutiante émergence d'une opposition démocratique en Syrie, opposition apparue il y a cinq ans avec le «printemps de Damas» et dont les principaux acteurs ont par la suite été condamnés à dix ans de prison. D'autres initiatives en faveur de la démocratie ont eu lieu, suivies d'autres arrestations. Dans la foulée des répressions de mars 2003, plus de 2000 personnes, essentiellement kurdes, ont été arrêtées, selon AI.

Amnistie internationale réclame des autorités syriennes l'ouverture immédiate d'une enquête indépendante sur la mort de Sheikh Muhammad Mashuq al-Khiznawi. Jamais toutefois, à la connaissance de l'organisation de défense des droits de la personne, le gouvernement syrien n'a ouvert d'enquête sur les morts en détention ou sur les allégations de torture, «pourtant très nombreuses». C'est en Syrie, où il affirme avoir été torturé, que le Canadien Maher Arar a été expulsé fin 2002 par les autorités américaines.
1 commentaire
  • . Amnistie Internationale - Inscrit 3 juin 2005 09 h 11

    Bravo !

    Bravo M.Taillefer d'avoir fait les liens nécessaires entre l'assassinat de Samir Kassir et la mort sous la torture de M. Al-Khiznawi. Et d'avoir souligné que c'est en Syrie que Maher Arar avait été envoyé.

    Comment croire M.Graham quand il prétend qu'il n'était pas informé des dangers que courait Maher Arar dans son pays d'origine ?