La France a un nouveau gouvernement

Dominique de Villepin a effectué hier une première visite hautement symbolique dans une agence pour l’emploi.
Photo: Agence Reuters Dominique de Villepin a effectué hier une première visite hautement symbolique dans une agence pour l’emploi.

Paris — Le nouveau premier ministre français Dominique de Villepin a formé hier son gouvernement, marqué comme prévu par l'entrée de son rival Nicolas Sarkozy en tant que numéro 2, dont il a déjà fixé la priorité absolue: la lutte contre le chômage.

Issue d'intenses tractations politiques, cette équipe de combat a été formée quatre jours après la large victoire du non au référendum français sur la Constitution européenne, qui a touché de plein fouet le président Jacques Chirac. Elle est légèrement resserrée par rapport à la précédente, mais les deux tiers de ses membres appartenaient au gouvernement sortant en dépit des promesses de M. Chirac de donner une «impulsion nouvelle».

Plusieurs ténors de l'ancienne équipe ont été confirmés à leurs postes, notamment Thierry Breton à l'Économie et Michèle Alliot-Marie à la Défense. Mais le ministre des Affaires étrangères Michel Barnier, Européen convaincu et victime du rejet par les Français de la Constitution européenne, a dû céder sa place à l'ancien ministre de la Santé, Philippe Douste-Blazy.

Déjà surnommé par la presse le «premier ministre bis», M. Sarkozy est le seul membre du gouvernement à bénéficier du titre de «ministre d'État», signe de son poids politique dans la nouvelle équipe gouvernementale. En outre, il a élargi ses compétences et réussi à placer à ses côtés plusieurs fidèles. «C'est un poste extrêmement difficile, mais [...] il fallait faire preuve de responsabilité et de sang-froid», a assuré hier soir M. Sarkozy à la télévision.

Après avoir lancé dès mercredi soir la «bataille pour l'emploi», Dominique de Villepin a effectué hier un premier déplacement hautement symbolique dans une agence pour l'emploi de la région parisienne. «Je veux explorer l'ensemble des blocages auxquels sont confrontés les chercheurs d'emploi pour, un à un, les lever», a expliqué M. de Villepin alors que le taux de chômage élevé (10,1 %) et la grogne sociale ont été donnés parmi les principales explications du vote de dimanche.

François Bayrou, président du parti de centre-droit UDF, qui a décidé de ne pas participer au gouvernement, a réitéré son scepticisme sur la réussite de la future équipe car «un navire avec deux capitaines intronisés ensemble, cela ne peut pas marcher».

D'autant que Nicolas Sarkozy, qui brigue ouvertement la présidence de la République en 2007, a promis aux parlementaires de la majorité UMP de «garder sa liberté de parole».

«Les querelles de personnes, je n'en veux pas», a assuré M. de Villepin alors que, jusque dans la majorité, beaucoup s'interrogent sur la viabilité de cet attelage où chacun risque de tirer à hue et à dia avec, en ligne de mire, l'élection présidentielle.

Dès hier, alors que son gouvernement était encore en gestation, M. de Villepin affrontait son premier test social avec une grève des cheminots «pour la défense de l'emploi et la sauvegarde du service public». Cette grève, suivie par environ un quart des cheminots, a entraîné d'importantes perturbations, notamment dans la région parisienne.

Parmi les sujets potentiels de conflit entre MM. de Villepin et Sarkozy figurent le choix d'un «modèle social à la française», appuyé par le premier, ou plus libéral, à l'anglo-saxonne, appuyé par le second.

Les deux hommes ont également manifesté des divergences sur la politique étrangère entre la vision multipolaire de Villepin, partisan d'une France et d'une Europe fortes, et celle, plus atlantiste, de «Sarkozy l'Américain».

Le nouvel hôte de Matignon démarre avec un à-priori favorable des Français, mais sans «état de grâce». 58 % d'entre eux jugent que sa nomination est «une bonne chose», tout comme celle de M. Sarkozy (59 %), selon un sondage publié hier. Mais une majorité (51 %) estime que le président Chirac n'a pas compris «le message que lui ont adressé les Français au référendum sur le traité constitutionnel européen» et seuls 44 % pensent que ce gouvernement peut lutter contre le chômage (contre 53 %).