La nouvelle «cohabitation» française - Villepin tente de former un cabinet de «rassemblement»

Dominique de Villepin s’est rendu au Sénat hier.
Photo: Agence Reuters Dominique de Villepin s’est rendu au Sénat hier.

Paris — Le nouveau premier ministre français Dominique de Villepin tentait hier de former un gouvernement capable de «rassembler» un pays divisé, selon le souhait exprimé par le président Jacques Chirac après le camouflet du non massif des Français au référendum de dimanche.

Villepin, qui se donne «cent jours pour rendre confiance aux Français», poursuit les consultations pour la formation de son gouvernement, dont la vedette sera sans nul doute Nicolas Sarkozy, adoubé ministre d'État par Jacques Chirac. Au lendemain de sa nomination, le nouveau premier ministre s'est rendu à deux reprises à l'Élysée pour s'entretenir avec le président Jacques Chirac de la composition de sa future équipe, qui devrait être connue d'ici demain.

«Ça avance!», a-t-il lancé en quittant Matignon pour l'Élysée dans l'après-midi.

En même temps, M. Chirac a écrit à ses homologues européens pour leur demander de «prendre le temps nécessaire pour bien analyser les conséquences» du vote des Français, qui s'est soldé par la victoire du non à 54,67 %, selon les chiffres définitifs.

Dominique de Villepin a reçu hier Thierry Breton, Jean-Louis Borloo, Michèle Alliot-Marie et Jean-François Copé, ministres de l'Économie, de la Cohésion sociale, de la Défense et du Budget dans le gouvernement démissionnaire.

Dans la matinée, il s'est rendu au Sénat pour rencontrer les élus de la majorité, comme il l'avait fait la veille à l'Assemblée nationale. «Je me donne 100 jours pour rendre confiance aux Français, [...] rendre confiance d'ici le début du mois de septembre», a dit le premier ministre, dont les propos ont été rapportés par le sénateur UMP Roger Karoutchi, un proche de Nicolas Sarkozy. Selon d'autres participants, le premier ministre a plaidé pour un «cap d'action, un cap d'audace, un cap de mobilisation», avec pour objectif prioritaire la lutte contre le chômage.

Mais ce qui retenait toute l'attention des milieux politiques et de la presse française hier, c'est l'annonce par Jacques Chirac du retour au gouvernement de son grand rival Nicolas Sarkozy, le chef du parti de la majorité UMP (Union pour un mouvement populaire). Une décision prise dans «un esprit de rassemblement», selon M. Chirac.

Le dynamique et populaire Nicolas Sarkozy, 50 ans, ancien ministre de l'Intérieur et de l'Économie, est déjà surnommé par la presse le «premier ministre bis» tant son influence risque d'être prédominante dans la nouvelle équipe. Il n'a jamais caché son désir de briguer la présidence en 2007, ni son aversion pour Villepin, fidèle lieutenant de Jacques Chirac. Il a néanmoins accepté de rejoindre son équipe tout en restant à la tête de l'UMP. M. Sarkozy devrait revenir au ministère de l'Intérieur, où il avait acquis, lors de son passage, une forte popularité.

La formation d'un tandem Sarkozy-Villepin a suscité de vives critiques ainsi que les railleries de l'opposition et le scepticisme des centristes. Le dirigeant du Parti socialiste, François Hollande, a ainsi déclaré que Jacques Chirac était «un président en fin de règne» qui a confié le gouvernement à «deux premiers ministres poursuivant deux politiques différentes».

La presse française a aussi réagi avec scepticisme à cette union forcée, mettant en doute les perspectives d'une collaboration fructueuse entre Villepin, l'aristocrate diplomate, et Sarkozy, le fonceur pugnace. Pour le quotidien populaire Le Parisien, c'est un duo explosif.

Tout récemment, Sarkozy a implicitement critiqué Villepin, déclarant que «ceux qui ont le droit de parler au nom de la France, ce sont ceux qui ont affronté une fois dans leur vie le suffrage universel», ce qui n'est pas le cas du nouveau premier ministre, qui n'a jamais été élu.

«Il faudra donc s'attendre, au mieux, à des étincelles, au pire à un incendie qui carbonisera l'action du gouvernement», écrivait hier le quotidien économique La Tribune.

Le premier ministre s'est déjà employé à tenter de rassurer sur la nature de l'attelage qu'il va former avec le président de l'UMP. Devant les sénateurs, il a rendu hommage à Nicolas Sarkozy pour son ralliement à la future équipe gouvernementale et souligné qu'«ils allaient travailler ensemble».

«C'est plutôt pour nous tous un bon signe. Personne à l'UMP, à droite ou au centre, n'avait intérêt à une guerre entre les deux», a estimé Roger Karoutchi.