Mécontent d'un rapport sur le viol - Khartoum arrête un autre membre de MSF

Les autorités soudanaises, qui jugent erroné un rapport de Médecins sans frontières faisant état de viols au Darfour, ont arrêté hier un second responsable néerlandais de l'ONG.

Le coordinateur de MSF au Darfour, Vincent Hoedt, a été arrêté dans la ville de Nyala. Il a été libéré en fin d'après-midi après paiement d'une caution, a annoncé un porte-parole de l'organisation humanitaire à Genève, Aymeric Péguillan.

La veille, l'organisation avait annoncé l'arrestation du directeur de MSF pour le Soudan, Paul Foreman. Celui-ci a ultérieurement été remis en liberté sous caution.

Un porte-parole de MSF aux Pays-Bas a précisé à Reuters que Hoedt avait pu consulter son mandat d'arrêt mais que celui-ci était rédigé en arabe, une langue qu'il ne maîtrise pas.

Le parquet soudanais a annoncé lundi avoir ouvert une instruction à la suite d'un rapport publié en mars par la branche néerlandaise de MSF faisant état d'un demi-millier de viols au Darfour sur une période de quatre mois et demi. Ce rapport fondé sur les observations cliniques des équipes médicales de MSF est, selon la justice soudanaise, erroné.

Paul Foreman, libéré sous caution lundi, s'est rendu aux autorités soudanaises hier pour obtenir des informations supplémentaires. MSF déclare dans un communiqué que Foreman est accusé d'espionnage, de publication de faux rapports et d'atteinte à la société soudanaise.

Le procureur général soudanais a expliqué que Foreman encourait une peine maximale de trois ans de prison assortie d'une interdiction de séjour à vie au Soudan.

Le groupe de défense des droits de l'homme Human Rights Watch déplore dans un communiqué les arrestations des humanitaires et exhorte le gouvernement soudanais à sévir contre les responsables des viols et autres crimes commis au Darfour, où le conflit larvé a fait 180 000 morts et plus de deux millions de déplacés depuis février 2003.

«Cette attaque contre les porteurs de mauvaises nouvelles [MSF] est une nouvelle atteinte à la liberté d'expression», a déclaré Peter Takirambudde, directeur de HWR en Afrique. «Aucune raison militaire ou de sécurité recevable ne peut justifier l'interdiction de publier ce genre d'informations de santé publique. Cela illustre parfaitement jusqu'où le gouvernement soudanais est prêt à aller pour réduire au silence la critique et nier sa propre responsabilité dans les atrocités du Darfour.»

Une commission d'enquête de l'ONU a conclu, comme MSF, à une campagne massive de viols au Darfour. Les documents rédigés par cette commission ont été transmis au Tribunal pénal international, qui a été mandaté par le Conseil de sécurité des Nations unies pour enquêter sur les allégations de crimes contre l'humanité commis dans la province soudanaise.

Jan Pronk, émissaire de l'ONU au Soudan, a par ailleurs annoncé hier l'arrestation du traducteur qui avait accompagné le secrétaire général Kofi Annan lors sa tournée au Darfour samedi. Annan s'était rendu dans le plus grand camp de réfugiés de la région, où il avait notamment rencontré des femmes victimes de viols.

Le ministre soudanais des Affaires humanitaires, Mohammed Youssif Abdalla, avait alors assuré aux réfugiés qu'ils pouvaient parler librement à Annan sans risquer d'être punis ou arrêtés après son départ.