Pays basque espagnol - Les bureaux de Batasuna sont fermés de force

De la résistance à Bilbao.
Photo: Agence Reuters De la résistance à Bilbao.

Saint-Sébastien — La Ertzaintza, la police régionale basque, a fermé hier par la force les sièges, au Pays basque espagnol, du parti radical basque Batasuna, au lendemain de son interdiction pour trois ans par le juge Baltasar Garzon.

À Bilbao, la police basque a employé des balles en caoutchouc et a chargé pour disperser une centaine de sympathisants de Batasuna, faisant un blessé qui a été évacué par ambulance, a déclaré à l'AFP, depuis le siège de Bilbao, l'avocate et députée de Batasuna Jone Goirizelaia, jointe par téléphone.

De source syndicale, on a indiqué que le blessé est un délégué du syndicat basque LAB, proche de Batasuna.

Selon des journalistes sur place, la police a mis

45 minutes pour forcer la porte blindée et entrer dans le siège de la formation radicale, où elle a délogé ensuite un à un les élus indépendantistes qui s'étaient enchaînés au balcon.

Climat de forte tension

Les deux interventions de la Ertzaintza ont été presque simultanées à Bilbao et Vitoria, vers 14h15 GMT, en application de l'ordonnance du juge Baltasar Garzon, qui a suspendu lundi pour trois ans les activités du bras politique de l'ETA.

Elles se sont déroulées dans un climat de forte tension.

Moins d'une heure après, la police basque est également intervenue dans l'un des sièges de Batasuna à Saint-Sébastien, la capitale de la province basque de Guipuzkoa, et en a délogé les militants manu militari.

Restait encore à évacuer à 15h45 GMT le siège principal de Saint-Sébastien, fief des indépendantistes radicaux, où plus d'une centaine de militants attendaient de pied ferme la police, préparant des chaînes pour s'attacher autour d'un pilier à l'intérieur du local, a constaté un journaliste de l'AFP sur place.

Les télévisions espagnoles ont montré les agents anti-émeutes de la Ertzaintza, casqués et matraques à la main, chargeant contre les sympathisants de Batasuna à Bilbao, tandis que plusieurs élus et dirigeants du bras politique de l'ETA regardaient la scène à l'étage.

Des dizaines de militants portant de nombreux drapeaux basques ont insulté les forces de l'ordre à leur arrivée sur place dans les trois capitales des provinces basques, et ont scandé des slogans favorables à l'indépendance du Pays basque et hostiles au Parti nationaliste basque (PNV, au pouvoir au Pays basque), selon des journalistes sur place.

Dans la région limitrophe de Navarre, où est également implantée Batasuna, la police nationale espagnole avait évacué et fermé dès lundi soir «le siège national» de Batasuna, apposant des scellés sur la porte, de même qu'un autre local de Pampelune, tandis que la garde civile a fermé six autres sièges dans les localités de Elizondo, Leiza, Estella, Alsasua, Tafalla et Viana.

Après avoir suspendu les activités de Batasuna, le juge Garzon avait dicté dans la nuit de lundi à hier une ordonnance complémentaire, pour rappeler que la décision de fermeture des locaux de Batasuna est «exécutoire» et signaler que les forces de l'ordre devront, si nécessaire, réclamer l'assistance des cours de justice locales.

Le délai mis par la police basque pour intervenir s'explique, selon le porte-parole du gouvernement basque Josu Jon Imaz, par «la complexité opérationnelle» et «le manque de moyens matériels et humains» de la Ertzaintza pour procéder à la fermeture des nombreux locaux de Batasuna au Pays basque.

L'ETA a répliqué à la suspension de Batasuna dès la nuit de lundi à hier, en posant dans un tribunal de Tolosa (25 km au sud de Saint-Sébastien) une bombe de 10 kg qui a pu être neutralisée par les artificiers de la police basque.

Le porte-parole de la coalition Batasuna, Arnaldo Otegi, a affirmé hier, après avoir été expulsé du siège de la formation à Bilbao, dans le nord du Pays basque espagnol, que «rien ne nous éloignera de notre pays et de notre peuple».