Rice critique Poutine et fustige le tyran de la Biélorussie

Moscou — Condoleezza Rice, qui effectuait sa première visite en Russie en tant que chef de la diplomatie américaine, a de nouveau critiqué le bilan du pays en matière de démocratie, hier, et estimé que le président Vladimir Poutine jouissait d'un pouvoir personnel excessif.

La secrétaire d'État américaine a également dit que Washington suivrait de près le procès du magnat du pétrole Mikhaïl Khodorkovski «pour voir ce que [cela] révèle de l'état de la justice en Russie». Les propos de Rice — qui a notamment déploré l'absence de télévisions indépendantes en Russie — resteront sans doute lettre morte pour la plupart des Russes, aucune des principales chaînes de télévision ne les ayant diffusés.

La visite de la responsable américaine a fait l'objet d'un traitement plus chaleureux dans les radios et les journaux, qui bénéficient de plus d'indépendance que les télévisions. Lors d'une interview en direct accordée à la radio Ekho Moskvi avant une entrevue avec Poutine, Rice a déclaré que la Russie avait du travail à abattre pour que la démocratie commence à s'ancrer dans ses frontières, citant à ce propos les pouvoirs que Poutine avait accumulés au Kremlin depuis 2000.

«Pour que les relations russo-américaines s'approfondissent réellement et que la Russie réalise tout son potentiel, un développement démocratique est nécessaire. Il ne devrait pas y avoir une telle concentration du pouvoir dans la présidence, il faut qu'il y ait des médias indépendants [...] pour que le peuple russe puisse débattre et décider de l'avenir démocratique de la Russie», a-t-elle dit en réponse à des questions du public adressées par Internet à la station de radio.

Poutine et Rice ont échangé quelques plaisanteries de bon ton avant de s'entretenir au Kremlin et, publiquement du moins, aucun signe de tension n'était perceptible entre eux.

L'appui de Washington aux révolutions populaires qui ont porté au pouvoir des gouvernements pro-occidentaux en Géorgie et en Ukraine a inquiété Moscou, et le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a fait comprendre que la Russie tenait à ce que l'on fixe des règles du jeu en la matière. «Tout comme les États-Unis appellent de leurs voeux une Russie forte et démocratique, nous souhaitons des États-Unis forts et démocratiques agissant de façon responsable sur la scène internationale», a dit Lavrov lors d'une conférence de presse conjointe à l'issue d'entretiens avec Rice.

Mardi, la secrétaire d'État avait donné le ton de sa visite en déclarant que la concentration des pouvoirs au Kremlin et la mainmise de celui-ci sur les médias étaient «très inquiétantes». Elle avait «équilibré» son propos en soulignant que Washington ne souhaitait pas voir les problèmes de démocratie isoler la Russie .

Mme Condoleezza Rice a d'autre part déclaré hier que le temps du changement était venu en Biélorussie pour faire évoluer la «dictature» du président Alexandre Loukachenko.

«La Biélorussie [...] est réellement la dernière véritable dictature de l'Europe centrale et il est temps qu'il y ait des changements», a déclaré Rice lors d'une conférence de presse à Vilnius, en Lituanie, où elle doit rencontrer aujourd'hui des universitaires et des députés d'opposition biélorusses. Prié de dire si les États-Unis soutenaient des groupes qui pourraient fomenter un renversement du régime de Loukachenko, Rice a répondu sur CNN: «Si cela apporte des progrès démocratiques, pourquoi est-ce que ce serait une mauvaise chose pour la population de se débarrasser du joug de la tyrannie?»