Des Afghans libérés de Guantánamo disent avoir été torturés

Kaboul — Dix-sept Afghans détenus à Guantánamo et finalement lavés des accusations de terrorisme par les États-Unis sont rentrés hier dans leur pays, recouvrant la liberté après avoir passé jusqu'à trois ans et demi en détention et indiquant avoir été victimes de «tortures indescriptibles».

Les dix-sept ex-prisonniers de la base américaine de Guantánamo à Cuba, tous d'ethnie pachtoune, ont atterri en début d'après-midi à Bagram, la principale base militaire américaine en Afghanistan.

Vêtus de blousons et de pantalons civils américains, les traits tirés, ils ont ensuite été conduits à la Cour suprême afghane de Kaboul, où les hauts magistrats afghans les ont présentés à la presse.

Le responsable de la cour, Fazil Hadi Shinwary, a précisé que ces hommes, qui avaient passé entre un an et demi et trois ans et demi dans la base, ne feraient l'objet d'aucune poursuite. Cette libé-

ration survient trois semaines après que Washington eut annoncé qu'il allait renvoyer chez eux 38 détenus de Guantánamo, lavés de l'accusation de «combattants ennemis» qui leur a valu d'être emprisonnés.

La décision a été prise à l'issue d'une enquête menée sur chacun des 558 prisonniers de Guantánamo, originaires de plus de 20 pays et capturés pour la plupart en Afghanistan. «Les négociations se poursuivent avec les responsables américains pour libérer d'autres prisonniers», a ajouté M. Shinwary.

Le chef de la Cour suprême a souligné que, si certains prisonniers de Guantánamo avaient commis des crimes, d'autres avaient été arrêtés sur la base de faux témoignages fournis par

certains pour régler des comptes personnels. «Certains prisonniers ont été arrêtés à la suite d'erreurs commises par les Américains», a-t-il expliqué.

Abdul Rahim Muslimdost, arrêté au Pakistan et qui se dit journaliste, a déclaré avoir été affreusement torturé. «Bien sûr que nous avons été torturés, mais je ne peux pas le raconter, tellement c'était indescriptible», a-t-il déclaré aux journalistes présents. Un autre ex-détenu, Naseebuallah Khan, arrêté alors qu'il était chef de la police du district de Shinkay, dans la province de Zabul, a de son côté déclaré: «Même moi, je ne sais pas pourquoi j'ai été arrêté.»