Violences ethniques en Iran

Téhéran — Trois personnes ont été tuées et 200 arrêtées lors d'affrontements qui ont impliqué la majorité arabe du Khouzistan iranien et que les autorités ont imputés à des agissements subversifs et à la chaîne satellitaire al-Jazira, dont le bureau a été «fermé provisoirement».

Les autorités, très nerveuses sur toutes les questions ethniques, avaient fait état jusqu'alors d'un mort et de 137 arrestations lors de ces troubles dans la ville d'Ahvaz, chef lieu de la province du Khouzistan (sud ouest).

«Nous avons ordonné la fermeture provisoire du bureau d'al-Jazira, a par ailleurs annoncé à l'AFP Mohammad Hossein Khoshvaght, directeur général du ministère de la Culture et de la Guidance islamique, chargé de superviser la presse étrangère en Iran. Cette suspension durera le temps nécessaire pour que nos experts examinent le rôle éventuel que la chaîne Al-Jazira a joué pour inciter des éléments subversifs [à déclencher] les troubles d'Ahvaz.»

Il a ajouté qu'il attendait également «les explications claires» de la part des responsables de la chaîne sur sa couverture de ces affrontements en attendant toute décision pour la réouverture de son bureau.

Un peu plus tôt dans la journée, le ministre des Renseignements, Ali Younessi, avait annoncé l'arrestation de «tous les fauteurs de troubles». Il avait également mis en cause al-Jazira en affirmant qu'elle était «l'une des chaînes satellitaires responsables» d'avoir provoqué des troubles par sa couverture des événements.

M. Younessi a déclaré qu'il était apparu que les instigateurs des troubles «étaient liés aux groupes et aux télévisions subversifs», qualificatif employé pour désigner tous les partisans d'un renversement du régime islamique.

Des heurts ont éclaté vendredi entre forces de sécurité et population arabe d'Ahvaz dans laquelle les Arabes sont majoritaires alors qu'ils représenteraient 3 % de la population iranienne totale, majoritairement persanophone.

Al-Jazira a été l'une des premières chaînes à faire état des heurts. Elle a rapidement parlé de trois morts, présentant les troubles comme séparatistes.

Les députés de la province ont demandé dans une lettre au ministère de la Culture, «des mesures contre al-Jazira et l'expulsion des représentants de la chaîne qui a joué un rôle important dans les troubles». La puissante télévision d'État s'en est aussi prise à al-Jazira.

Al-Jazira a cité le Front populaire et démocratique des Arabes d'Ahvaz, établi à Londres, qui a parlé de 80 années «d'occupation iranienne» du Khouzistan.

Un représentant du Front, cité par al-Jazira dans son site, parlait aussi d'un projet «d'épuration ethnique», matérialisé par un courrier prétendument officiel qui a circulé dans la province. C'est ce document qui aurait mis le feu aux poudres.

Les autorités iraniennes, sourcilleuses sur ces questions au point de s'indigner de l'appellation «Golfe» pour «Golfe persique», le sont d'autant plus quand la source de l'information est un groupe interdit comme le Front populaire et démocratique et que ces informations provoquent des troubles ethniques.

Elles le sont encore plus quand la province est celle que Saddam Hussein, le grand ennemi, appelait «Arabistan» et qu'il jurait de «libérer» lorsqu'il commença par là l'offensive contre l'Iran en 1980. Or, ont assuré les autorités, la lettre demandant de modifier la composition ethnique de la province, est un faux attribué à l'ancien vice-président Mohammad-Ali Abtahi. Ce dernier a également démenti avoir écrit une telle lettre.