Pékin refuse de s'excuser pour les violences anti-japonaises

Pékin — La Chine a refusé de présenter la moindre excuse hier pour les violentes manifestations anti-nippones qui ont causé des dégâts aux représentations diplomatiques japonaises à Pékin.

«Le gouvernement chinois n'a jamais fait quoi que ce soit qui ait fait du tort au peuple japonais», a déclaré le ministre chinois des affaires étrangères, Li Zhaoxing, alors qu'il recevait son homologue nippon, Nobutaka Machimura, et que de nouvelles manifestations de chauvinisme étaient signalées dans au moins six villes de Chine.

M. Li a estimé que c'était plutôt le Japon qui avait des choses à se reprocher, évoquant «une série de choses qui ont heurté les sentiments du peuple chinois» en faisant notamment allusion au soutien du Japon à Taïwan.

Les Chinois sont également indignés par un nouveau manuel d'histoire japonais qui tait les atrocités commises par l'armée japonaise durant l'occupation de la Chine de 1931 à 1945, entre autres lors du massacre de Nankin en 1937. Pékin s'oppose d'autre part catégoriquement à ce que le Japon le rejoigne au sein du petit groupe de puissances ayant un siège de membre permanent — et donc un droit de veto — au Conseil de sécurité de l'ONU.

Nobutaka Machimura a répondu à tout cela en appelant son homologue à faire en sorte de protéger les diplomates et les citoyens japonais. Le gouvernement de Tokyo a dénoncé les violences de samedi à Shanghaï où la police a laissé 20 000 émeutiers briser des vitres et endommager des restaurants ainsi que des automobiles. «Je souhaite que le gouvernement chinois gère sincèrement cette affaire en vertu des usages internationaux», a déclaré M. Machimura en référence aux traités concernant la protection des représentations diplomatiques.

Machimura a proposé qu'une rencontre ait lieu entre le premier ministre japonais Junichiro Koizumi et le président chinois Hu Jintao en marge, dans les jours à venir, du sommet de Djakarta pour le cinquantenaire de la conférence des non-alignés à Bandung. Li s'est borné à dire que les autorités chinoises allaient étudier l'idée.

Machimura a annoncé en outre que Pékin et Tokyo évoqueraient en mai leur contentieux sur l'exploration gazière en mer de Chine orientale, un des points d'accroc qui minent actuellement les relations bilatérales.

Sur le terrain, la grogne s'est une fois de plus fait sentir hier. Un millier de manifestants se sont approchés du consulat du Japon à Shenyang, dans le nord-est du pays, mais ils ont été maintenus à bonne distance du bâtiment par la police.

À Shenzhen, dans le Sud, un millier de personnes se sont massées devant un magasin de la chaîne nippone Jusco, tandis que deux autres cortèges, dont l'un atteignait au moins 10 000 personnes, défilaient dans le secteur. Les manifestants ont brandi des drapeaux chinois, entonnant l'hymne national et scandant le slogan «À bas le Japon», selon des images diffusées par la chaîne câblée de Hong Kong.

Toujours dans le Sud du pays, à Canton, environ 500 manifestants ont également protesté devant un autre magasin Jusco, appelant au boycottage des produits nippons, a précisé Chiharu Tsuruoka, le vice-consul général du Japon. Les forces de l'ordre ont par ailleurs bouclé un stade, d'où devait partir un autre rassemblement. D'autres mouvements de protestation ont également été organisés à Dongguan et Zhuhai, dans le Sud, ainsi qu'à Chengdu.