Une vraie armée et une impératrice pour le Japon?

Tokyo — Un influent comité parlementaire a recommandé hier que le Japon se dote d'une véritable armée et permette à une femme d'accéder au trône impérial dans le cadre d'une profonde révision de sa Constitution pacifiste de 1947.

Après cinq années de débats, ce groupe de 49 parlementaires, appartenant à la coalition gouvernementale comme à l'opposition, a estimé que la Constitution japonaise avait trop de «disparités» avec les réalités du monde actuel.

Dans un rapport, le comité propose un référendum national sur une réforme de la Constitution imposée par les forces d'occupation américaines après la Seconde Guerre mondiale.

Si une majorité de Japonais se dit désormais favorable à une révision de cette charte, le débat le plus vif dans l'archipel porte sur l'article 9 de la Constitution, qui stipule que le Japon renonce à la guerre.

Le rapport parlementaire préconise que la nouvelle Constitution affirme toujours le principe de rejet de la guerre mais reconnaisse le droit à l'autodéfense de l'armée nippone, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui.

Comme le montrent les tensions actuelles, le Japon ne voit pas sans inquiétude la montée en puissance militaire de la Chine et la menace nucléaire nord-coréenne, craignant de se retrouver seul en cas d'attaque.

De leur côté, Chinois et Coréens, qui subirent les affres du militarisme impérial nippon au siècle dernier, observent avec défiance les nouvelles ambitions de Tokyo.

Masako est déprimée

Par ailleurs, le rapport souhaite que les femmes soient autorisées à monter sur le trône du Chrysanthème, ce qui est interdit depuis 1889.

Cette modification ôterait une partie de l'immense pression qui pèse sur les épaules de la princesse Masako, qui souffre de dépression depuis décembre 2003.

Épouse du prince Naruhito, l'héritier de la plus ancienne monarchie du monde, Masako, 40 ans, a donné naissance à une fille, Aiko, en 2001.

Mais elle subit la pression d'une partie de l'opinion publique pour donner naissance à un héritier mâle après plus de dix ans de mariage et plusieurs grossesses malheureuses.

Le premier ministre conservateur Junichiro Koizumi a demandé à son parti (Parti libéral-démocrate) de proposer une loi fondamentale révisée d'ici le jubilé du PLD, qui tombe en novembre 2005.