Le Liban se donne enfin un premier ministre

Beyrouth — Un homme d'affaires prosyrien, Najib Miqati, a été chargé hier de former un nouveau gouvernement au Liban, dont la principale tâche sera d'organiser des élections, cruciales pour sortir le pays d'une crise politique aiguë.

C'est grâce aux voix des députés de l'opposition que M. Miqati, 49 ans, ministre des Travaux publics de 1998 à 2004, a été désigné premier ministre par le chef de l'État, Émile Lahoud, au terme d'une journée de consultations parlementaires.

M. Miqati a déclaré à la presse, après son entrevue avec le chef de l'État, avoir obtenu l'appui de 57 députés et souligné son intention de s'atteler immédiatement à la tâche de former un gouvernement chargé d'organiser les législatives prévues avant fin mai. Le premier ministre désigné a pu dépasser en nombre de voix son rival, le ministre démissionnaire de la Défense, Abdel Rahim Mourad, également prosyrien.

Réunis au parlement, 37 députés de l'opposition ont avancé son nom après l'engagement de M. Miqati à «conduire des élections dans les délais constitutionnels, de limoger les chefs de services de sécurité et de ne pas se porter lui-même candidat aux législatives», selon le député Mosbah Ahdab.

Cette nomination est survenue au surlendemain du désistement d'Omar Karamé, qui n'avait pas été en mesure de former un gouvernement en raison de divergences au sein des partis prosyriens sur la loi électorale et la répartition des portefeuilles.

M. Karamé avait démissionné le 28 février, après la crise née de l'assassinat de l'ex-dirigeant Rafic Hariri, deux semaines plus tôt. Il avait été de nouveau désigné premier ministre le 10 mars.

Le Liban est sans gouvernement depuis près de deux mois alors que l'échéance électorale se rapproche et que l'opposition souhaite tenir dans les temps les législatives qu'elle est sûre de pouvoir remporter et d'éviter ainsi la prorogation du mandat du Parlement actuel à majorité prosyrienne.

L'un des principaux chefs de l'opposition, Walid Joumblatt, a ainsi affirmé que l'opposition devait changer de stratégie pour obtenir que les législatives se tiennent dans les délais constitutionnels, soit le 31 mai au plus tard. «L'opposition doit nommer quelqu'un. Il faut jouer le jeu. Il faut que quelqu'un de l'opposition participe. Maintenant, le but, ce sont les élections», a dit M. Joumblatt avant d'être reçu à Paris par le ministre des Affaires étrangères, Michel Barnier.

Pour M. Joumblatt, depuis les dernières consultations parlementaires le 10 mars, deux demandes de l'opposition ont été satisfaites: annonces d'un retrait militaire total syrien et d'une commission d'enquête de l'ONU sur l'assassinat de Hariri. «Restent les élections», a-t-il dit.

Jusqu'ici, l'opposition avait refusé les offres des autorités de participer à un gouvernement d'union nationale ou même de nommer un candidat pour le poste de premier ministre, affirmant qu'elle ne voulait pas cautionner un pouvoir qu'elle accusait de porter une responsabilité dans l'assassinat de Hariri. Mais elle a fait volte-face hier en informant M. Lahoud de son choix afin de mettre au pied du mur le pouvoir prosyrien, qu'elle accuse de chercher à saboter les élections.

Si une loi électorale définissant les circonscriptions et les dates du scrutin n'est pas votée par le Parlement d'ici au 30 avril, le scrutin devra être reporté.

Les pressions internationales se sont aussi accentuées pour la formation rapide d'un gouvernement. Paris et Riyad ont appelé à un gouvernement «le plus rapidement possible» et à la tenue d'élections «dans les délais prévus» dans un communiqué publié à l'occasion de la visite du prince héritier Abdallah. Le même souhait a été formulé par la secrétaire d'État américaine, Condoleezza Rice, pour qui le désistement de M. Karamé devrait «permettre au plus vite la formation d'un nouveau gouvernement» susceptible de mener des élections dans les délais constitutionnels.