Des espions au conclave?

Cité du Vatican — Pirates informatiques, mouchards électroniques, microphones ultrasophistiqués, informateurs... la confidentialité du conclave qui s'ouvre lundi pour désigner le 265e pape de l'histoire pourrait être menacée par des espions de tout poil, soulignent les experts. La technologie de l'espionnage a beaucoup évolué depuis l'élection de Jean-Paul II, en 1978, mais le Vatican semble convaincu de pouvoir préserver le secret qui entoure traditionnellement la réunion des cardinaux électeurs.

Le Saint-Siège a refusé de donner des précisions sur les mesures prises pour éviter toute fuite. Toutefois, selon Giuseppe Mazzullo, un détective à la retraite, ses propres experts devraient être épaulés par la police italienne et des sociétés de sécurité privées. «La sécurité est très stricte, a-t-il assuré. Il sera très difficile de voler des informations, voire impossible.» Reste que beaucoup donneraient cher pour connaître la teneur des discussions entre les 115 cardinaux électeurs.

Des milliers de journalistes s'impatienteront sur place, à l'affût de la moindre information, et le conclave pourrait également intéresser les pirates informatiques ou des services de renseignement gouvernementaux. Des discussions sensibles sur la position d'un «papabile» sur les relations avec les musulmans ou les juifs, ou la reconnaissance de la Chine plutôt que Taïwan, pourraient, par exemple, être très convoitées par certains pays, et par la presse. Et de telles révélations pourraient être fort embarrassantes pour le Vatican.

Les téléphones portables, organisateurs électroniques, radios, journaux, télévisions et appareils d'enregistrement sont proscrits pendant le conclave. Un autre risque pour le Vatican est la présence d'éventuels espions, postés sur les toits, qui tenteraient de capter les entretiens des cardinaux. Des microphones laser permettent en effet d'écouter des conversations à 500 mètres de distance, en enregistrant des vibrations sur les vitres ou d'autres surfaces. La chapelle Sixtine, où se réuniront les cardinaux pour élire le successeur de Jean-Paul II, possède des fenêtres. Ces micro ultrasensibles peuvent toutefois être contrecarrés par des tentures épaisses ou par un bruit ambiant...

Plus difficiles à contrer: des mouchards électroniques, aussi petits qu'une pièce de monnaie, pouvant transmettre ou enregistrer des conversations. Face à cette menace, les experts passeront au peigne fin les zones de réunion. Mais malgré toutes les précautions, la présence d'un éventuel espion en chair et en os est probablement le risque le plus difficile à déjouer, soulignent les experts.