Audition devant le Sénat - Bolton le faucon parle en diplomate

Washington —John Bolton, le néo-conservateur choisi par George W. Bush pour devenir l'ambassadeur américain à l'ONU, a affiché hier un visage de diplomate voulant renforcer une organisation qu'il a souvent décrite comme inefficace, pour convaincre le Congrès de l'envoyer à New York.

«Nous voyons l'ONU comme une composante importante de notre démocratie», a affirmé M. Bolton devant la commission des Affaires étrangères du Sénat au premier jour de son audition de confirmation, alors que des élus de l'opposition rappelaient ses déclarations mettant en cause l'efficacité et l'utilité de l'ONU.

Tout en estimant que l'organisation s'était «parfois égarée» dans sa façon de réagir aux violations des droits de l'homme ou au terrorisme, il a affirmé que «les Nations unies donnent la possibilité de faire avancer nos politiques avec une unité d'objectif».

«Aujourd'hui plus que jamais, l'ONU doit jouer un rôle clé», a poursuivi l'actuel sous-secrétaire d'État chargé du désarmement choisi pour remplacer John Negroponte.

Considéré comme un faucon, M. Bolton, 56 ans, a déjà participé aux administrations de George Bush et de Ronald Reagan.

«Étant donné tous vos propos négatifs [sur l'ONU] franchement, je suis surpris que vous vouliez ce poste», a attaqué le sénateur démocrate Joseph Biden, peu avant une interruption de séance provoquée par trois manifestantes opposés à sa nomination.

Exprimant une «grave inquiétude» au sujet de cette nomination, M. Biden a jugé que l'action de M. Bolton au regard des ambitions nucléaires de la Corée du Nord et de l'Iran n'avait «pas été particulièrement efficace».

Le sénateur John Kerry, candidat démocrate à la dernière élection présidentielle, a affirmé que M. Bolton était «le mauvais choix pour être la voix de l'Amérique aux Nations unies», citant son opposition aux négociations directes avec la Corée du Nord et l'Iran sur la question nucléaire «alors que nos alliés étaient en faveur» de ces négociations.

M. Biden a rappelé que M. Bolton avait affirmé en 1994 que si l'immeuble de l'ONU à New York «perdait dix étages, cela ne ferait aucune différence». Pour le sénateur démocrate, l'y dépêcher «est équivalent à envoyer un taureau dans un magasin de porcelaine».

M. Bolton a informé les sénateurs qu'il avait reçu un appel de soutien du secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, qui l'avait encouragé à «se faire confirmer rapidement» à son poste.

Les républicains contrôlent la commission des Affaires étrangères du Sénat avec 10 voix contre 8 pour les démocrates et un vote de confirmation devrait intervenir jeudi.

En mars, 59 anciens diplomates américains avaient envoyé une lettre à la commission des Affaires étrangères du Sénat pour demander aux élus de ne pas confirmer M. Bolton.

En réponse, cinq anciens secrétaires d'État républicains ont adressé une lettre de soutien au candidat au président de cette commission, le républicain

Richard Lugar.