Jérusalem - Les juifs ultras mis en échec par la police

Jérusalem — La manifestation d'extrémistes juifs à Jérusalem a tourné court. Les 3000 policiers israéliens déployés autour de la vieille ville ont empêché hier ces ultranationalistes d'investir l'Esplanade des Mosquées, troisième lieu saint de l'islam.

Le groupe ultranationaliste juif «Revava» voulait faire venir par cars de tout le pays des milliers d'extrémistes sur l'Esplanade des Mosquées (Mont du Temple, pour les juifs), site le plus exposé de Jérusalem. En fait, seuls quelques dizaines de juifs radicaux se sont effectivement présentés hier matin aux entrées de la vieille ville de Jérusalem avant d'être rapidement maîtrisés par les forces de l'ordre. Trente et un ont été interpellés.

Parmi les personnes interpellées figure l'un des leaders du groupe Revava, qui avait passé la nuit dans des toilettes publiques proches de l'Esplanade pour tenter de s'y rendre malgré les barrages.

Hassan Yousef, haut responsable pour la Cisjordanie du mouvement extrémiste palestinien Hamas, a également été interpellé, alors qu'il rentrait chez lui après avoir pris la parole sur l'Esplanade.

Avec cette provocation, le groupe Revava espérait déclencher la colère palestinienne et des émeutes à Jérusalem et faire ainsi échouer le plan de retrait de la bande de Gaza. En septembre 2000, une visite d'Ariel Sharon, alors chef de l'opposition, sur l'Esplanade des Mosquées, avait mis le feu aux poudres et donné le coup d'envoi de la seconde Intifada (soulèvement) palestinienne.

Les manifestants ont tout de même réussi à prouver qu'il serait très facile, cet été, de détourner des milliers de soldats et policiers de leur tâche principale, le retrait de Gaza, qui en serait alors perturbé.

Mais, hier matin, les forces de sécurité israéliennes, dépêchées en grand nombre, la plupart en tenue anti-émeutes, avaient encerclé la Vieille ville, installant des barrages, arrêtant les voitures et bloquant certains accès de la cité sainte.

Échauffourées

Parallèlement, des dizaines d'autres policiers se tenaient à l'entrée de l'Esplanade, repoussant les Palestiniens âgés de moins de 40 ans pour éviter tout affrontement avec les juifs. Toutefois, prévoyant ces restrictions d'accès, des centaines de Palestiniens avaient passé la nuit sur l'Esplanade.

Des échauffourées ont opposé des centaines de jeunes Palestiniens et la police, faisant deux blessés, tandis que des milliers d'autres Palestiniens manifestaient en Cisjordanie.

Le ministre israélien de la Sécurité publique Gidéon Ezra avait prévenu que la police empêcherait les extrémistes juifs de gagner le site sacré. Il a révélé que les services de renseignement avaient reçu récemment des informations sur des projets d'attaque de la part d'ultranationalistes contre l'Esplanade des Mosquées.

Ces tensions interviennent au lendemain de violents incidents entre Israéliens et Palestiniens, les plus sanglants depuis la trêve du 8 février. Samedi, après des semaines de calme relatif, trois adolescents Palestiniens ont été abattus dans le sud de la bande de Gaza par l'armée israélienne, dans des circonstances confuses. Israël affirme qu'il s'agissait de jeunes contrebandiers, les Palestiniens d'adolescents du camp de Rafah jouant au football.

Des milliers de personnes assistaient hier à leurs funérailles, criant vengeance pour Achraf Moussa, 14 ans, Hassan Abou Zeid, 15 ans, et Khaled Ghannam, 15 ans. Des dizaines d'obus de mortier ont été tirés en direction des implantations juives, causant quelques dégâts mais sans blesser personne.

À bord de l'avion qui l'emmenait aux États-Unis pour rencontrer le président américain George W. Bush, le premier ministre israélien Ariel Sharon a affirmé que ces tirs étaient «une violation flagrante des accords» conclus en février avec le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, et que ce serait «une question centrale soulevée dans [s]es pourparlers avec le président Bush».

Autre mauvaise nouvelle en ce week-end de regain des tensions, les élections législatives palestiniennes, prévues pour la mi-juillet, risquent de devoir être reportées, car une loi doit être votée d'ici une semaine pour qu'elles puissent se tenir comme prévu, et les députés palestiniens ne sont pas d'accord entre eux. Et ce, alors que le Fatah au pouvoir est sérieusement menacé d'être battu par le Hamas.