Enquête internationale sur la mort d'Hariri

New York — Le Conseil de sécurité des Nations unies a décidé hier de mettre en place une commission internationale indépendante pour enquêter sur l'assassinat de l'ancien premier ministre libanais Rafic Hariri.

Le Conseil de sécurité a adopté, à l'unanimité de ses 15 membres, une résolution en ce sens présentée initialement par les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne, qui prend le numéro 1595. Cinq autres pays membres ont coparrainé le texte juste avant le vote.

Dans ce texte, le Conseil de sécurité «décide la constitution d'une commission d'enquête internationale et indépendante, basée au Liban, pour aider les autorités libanaises dans leur enquête sur tous les aspects de cet acte terroriste, y compris aider à identifier ses auteurs, commanditaires, organisateurs et complices».

Il donne un délai de trois mois, éventuellement renouvelable, à la commission, à partir du début de ses travaux sur place, pour aboutir à une conclusion.

Il décide que la commission devra «bénéficier de la pleine coopération des autorités libanaises, y compris un accès total à toute information [...] en leur possession», et qu'elle aura «autorité pour recueillir toute information ou tout élément de preuve supplémentaire [...] ainsi que pour interroger tout responsable qu'elle jugera utile d'entendre au Liban».

Dans ses attendus, le texte salue le fait que le gouvernement libanais est prêt à coopérer avec la commission «dans le cadre de la souveraineté du Liban et de son système juridique», ainsi que l'a exprimé le chargé d'affaires intérimaire du Liban à l'ONU dans une lettre au secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, datée du 29 mars.

De sources diplomatiques, on indiquait avant le vote que la mise en place de la commission sur le terrain prendrait quelque temps, probablement plusieurs semaines. Ses membres devront être des experts en matière policière et judiciaire et leur recrutement devra être mené avec soin.

Selon ces sources, une quinzaine d'équipes de deux spécialistes devraient être constituées, chacune devant être accompagnée d'un interprète. En comptant les membres de leur sécurité rapprochée, indispensable compte tenu des circonstances, le nombre total des personnes concernées pourrait atteindre la centaine.

Rafic Hariri avait été tué le 14 février à Beyrouth dans un spectaculaire attentat à l'explosif qui avait coûté la vie à au moins 18 autres personnes.

Après l'émotion considérable soulevée dans le monde par ce meurtre, M. Annan avait chargé une première commission de trois membres, dirigée par l'Irlandais Peter Fitzgerald, d'enquêter sur ses «circonstances, causes et conséquences».

Dans un premier rapport le 21 mars, la commission Fitzgerald avait montré du doigt la Syrie. Parmi d'autres accusations, elle indiquait que le président syrien Bachar al-Assad avait menacé Rafic Hariri de rétorsions physiques en raison de son opposition à la domination syrienne de son pays.

Le rapport appelait également à l'ouverture d'une enquête internationale en soulignant que l'enquête libanaise menée après l'assassinat manquait à la fois des moyens et de la volonté nécessaires pour aboutir de manière concluante.

«Nous avons été troublés par les questions soulevées dans le rapport Fitzgerald et nous voulons aller au fond des choses en ce qui concerne cet assassinat que nous considérons comme un acte terroriste», a déclaré après le vote un diplomate américain, Stuart Holliday. Ce dernier ainsi que l'ambassadeur de la France à l'ONU, Jean-Marc de La Sablière, se sont dits «confiants» que le gouvernement libanais coopérera avec la commission d'enquête, comme il s'y est engagé.