Le Vatican publie le testament du pape à la veille de ses funérailles - Jean-Paul II avait envisagé de démissionner en 2000

Des milliers de pèlerins étaient massés place Saint-Pierre, hier, dans l’espoir d’apercevoir la dépouille du défunt pape.
Photo: Agence Reuters Des milliers de pèlerins étaient massés place Saint-Pierre, hier, dans l’espoir d’apercevoir la dépouille du défunt pape.

Cité du Vatican —À la veille des funérailles de Jean-Paul II, qui réuniront un parterre jamais vu de chefs d'État et de têtes couronnées, le Vatican a publié hier son testament, un document de 15 pages lu la veille aux cardinaux.

Le pape, convaincu que sa mission consistait à faire entrer l'Église dans le troisième millénaire, y confie notamment que l'idée de renoncer à son pontificat l'a tourmentée au cours de l'an 2000.

«J'espère qu'Il [Dieu] m'aidera à comprendre jusqu'à quel terme je dois poursuivre ce ministère pour lequel Il m'a appelé le 16 octobre 1978», a-t-il écrit cette année-là dans ce testament en polonais entamé il y a plus de 20 ans.

Déjà très affaibli par la maladie de Parkinson, le pape assure qu'il a toujours été prêt à affronter la mort, dont l'idée semble ne jamais l'avoir quitté depuis la tentative d'assassinat dont il a été la cible en 1981.

Karol Wojtyla, qui sera inhumé ce matin dans la crypte de la basilique Saint-Pierre, y indique en outre avoir songé dès le début de son pontificat à se faire enterrer en Pologne. Il ajoute vouloir être «mis en terre, pas dans une tombe», et demande que l'ensemble de ses notes soient brûlées.

Sécurité

Les chefs d'État et de gouvernement ont commencé à affluer à Rome en provenance de toute la planète, rejoignant la multitude de fidèles venus assister aux obsèques.

Pour assurer la sécurité de cette cérémonie d'une ampleur sans précédent en matière d'affluence, qu'il s'agisse des fidèles ordinaires — pas moins de deux millions sont attendus — ou des personnalités, les autorités italiennes ont notamment fermé l'espace aérien de la capitale et déployé des batteries de missiles sol-air. L'OTAN va déployer un avion de surveillance Awacs qui contrôlera le ciel de la Ville éternelle.

Un bâtiment de la marine italienne vient renforcer le dispositif au large de la capitale, où 6500 carabiniers ont pris position. Les principales craintes restent toutefois liées à l'affluence record. Au total, quatre millions de personnes ont gagné Rome cette semaine.

La circulation est interdite aujourd'hui et les écoles des quartiers qui jouxtent le Vatican resteront portes closes, tout comme de nombreux commerces. Une vingtaine d'écrans géants ont été installés dans la ville.

Après avoir interdit mercredi soir l'accès à l'interminable file d'attente des pèlerins désireux de se recueillir quelques secondes devant la dépouille de Jean-Paul II, exposée depuis lundi, les carabiniers ont levé leur barrage pour laisser aux derniers courageux l'espoir de l'apercevoir avant la fermeture des portes de la basilique Saint-Pierre, dans la soirée.

La veille, le président américain George W. Bush, accompagné de son père et de Bill Clinton, ses deux prédécesseurs, s'était recueilli quelques minutes devant le catafalque. L'afflux de pèlerins à Rome n'a pas découragé les Polonais, compatriotes du pape défunt, dont le nombre devrait atteindre environ 150 000 pour les plus grandes funérailles de l'histoire vaticane.

La cérémonie d'aujourd'hui, qui débutera à 10h, sera l'une des très rares occasions de voir Bush côtoyer son homologue iranien, Mohammad Khatami, président de la République islamique d'Iran, qu'il a rangée dans son fameux «axe du mal».

Sont également attendus quatre rois, cinq reines et au moins 70 chefs d'État et de gouvernement ainsi qu'une quinzaine de dignitaires d'autres confessions.

Khatami, dignitaire chiite, ainsi que le président syrien Bachar al-Assad et le premier ministre palestinien Ahmed Koreï prendront place dans la basilique chrétienne avec le président israélien Moshe Katsav, tout comme le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, qui a salué un «héraut irremplaçable de la paix, de la liberté religieuse, du respect mutuel et de l'entente entre les peuples de différentes confessions».

Le patriarche oecuménique de Constantinople, Bartholomée Ier, l'archevêque de Cantorbéry, Rowan Williams, chef de l'Église anglicane, et le patriarche arménien de Turquie, Mesrob II, seront également présents.

Une fois la cérémonie achevée, le processus de transition reprendra son cours avec le conclave des cardinaux, qui se réuniront à partir du 18 avril dans la chapelle Sixtine pour élire le successeur de Jean-Paul II.