Des autobus relient les deux parties du Cachemire

Ligne de contrôle — L'Inde et le Pakistan ont lancé hier la première liaison par bus entre les parties indienne et pakistanaise du Cachemire en près de 60 ans, un geste historique symbolisant le rapprochement entre les deux puissances nucléaires rivales en dépit de menaces rebelles.

Ses passagers ont été les premiers à franchir ainsi la Ligne de contrôle (LoC), frontière de facto entre les deux parties du Cachemire depuis la partition et l'indépendance de l'Inde et du Pakistan, en 1947, où ils ont été accueillis avec des couronnes de fleurs et des danses au son des cornemuses et de chants.

Les 30 passagers du bus parti de Muzaffarabad, principale ville du Cachemire pakistanais, et la vingtaine des bus partis de Srinagar, capitale d'été du Cachemire indien, ont traversé à pied le pont Kaman sur la rivière Jhelum pour franchir la LoC.

Passé le pont, certains des Pakistanais ont embrassé le sol qui leur était interdit encore quelques minutes plus tôt.

Les Pakistanais sont ensuite repartis vers Srinagar dans un bus indien, les Indiens vers Muzaffarabad dans un bus pakistanais. Ils sont arrivés à destination dans une ambiance de liesse et d'émotion similaire.

«C'est une bénédiction, jamais je n'aurais cru que ce jour viendrait», a dit un passager, Raja Naseer Khan, 60 ans, retraité de Srinagar, alors qu'il arrivait à Muzaffarabad et rencontrait sa nièce pour la première fois.

Décidée en février, la reprise des liaisons par bus entre Srinagar et Muzaffarabad, distantes de 160 kilomètres, constitue la mesure la plus symbolique du rapprochement amorcé en janvier 2004 entre New Delhi et Islamabad, qui sont entrés trois fois en guerre par le passé, dont deux fois à propos du Cachemire.

Cette liaison avait été interrompue peu après la partition. La guerre qui avait suivi entre l'Inde et le Pakistan (1947-49) avait laissé le territoire himalayen divisé en deux. Sa réouverture va faciliter la vie de milliers de familles séparées depuis. Le lancement de cette liaison s'est fait sous haute protection militaire.

Des groupes rebelles séparatistes islamistes, opposés au rapprochement indo-pakistanais et en lutte contre les troupes fédérales indiennes depuis 1989, avaient menacé d'attaquer les passagers de ces bus qu'ils avaient qualifiés de «cercueils roulants».

Hier, peu avant le coup d'envoi côté indien, les forces de sécurité ont désamorcé une bombe à retardement à Pattan, à 27 kilomètres de Srinagar, sur la route empruntée par les bus. Dans la même localité, une forte explosion, dont des rebelles islamistes ont revendiqué être à l'origine, a fait quatre blessés peu après le passage d'un bus.

Mercredi, les mêmes groupes rebelles avaient revendiqué une attaque contre un complexe de Srinagar où des passagers avaient été placés sous haute protection.

À Srinagar et à Muzaffarabad respectivement, le premier ministre indien, Manmohan Singh, et le premier ministre régional du Cachemire pakistanais, Sikandar Hayat, en donnant le signal de départ, ont qualifié le moment d'«historique».

Des deux côtés de la frontière, les Cachemiris indiens et pakistanais ont salué les bus à leur passage, les accompagnant de musique en lançant des pétales de rose.