Victoire démocrate en Géorgie, un siège de plus qui va faire la différence

La victoire de Raphael Warnock donne aux démocrates une majorité absolue au Sénat, soit 51 sièges, contre 49 pour les républicains.
Win McNamee Getty Images via Agence France-Presse La victoire de Raphael Warnock donne aux démocrates une majorité absolue au Sénat, soit 51 sièges, contre 49 pour les républicains.

Et un de plus. Les démocrates ont bouclé mardi soir le cycle des élections de mi-mandat en conservant le siège de sénateur de la Géorgie occupé par Raphael Warnock, et ce, au terme d’un deuxième tour de scrutin très suivi à la grandeur du pays. Ce pasteur afro-américain croisait le fer avec l’ex-vedette du football américain et candidat soutenu par Donald Trump Herschel Walker.

Avec cette victoire, le parti de Joe Biden vient donc de s’assurer une majorité absolue au Sénat — 51 sièges, contre 49 pour les républicains —, et ce, après avoir perdu celle qu’ils détenaient à la Chambre des représentants, le 8 novembre dernier. Une simple voix de plus, mais qui va avoir un effet significatif sur les deux prochaines années au pouvoir du président. Décryptage.

Une marge de manoeuvre plus grande

Jusque-là, les démocrates devaient composer à Washington avec une majorité théorique, avec un Sénat divisé à 50 contre 50, reposant sur le vote de la vice-présidente, Kamala Harris, présidente de la Chambre haute, pour faire passer leurs projets de loi. Un cadre perturbé en permanence par deux sénateurs démocrates conservateurs, Joe Manchin, de Virginie-Occidentale, et Kyrsten Sinema, de l’Arizona, qui, depuis deux ans, ont ralenti le processus législatif ou limité la portée de certaines lois.

Avec un siège de plus, le rapport de force de ces deux démocrates pourrait donc changer et leur influence s’amoindrir sur des législations portant sur le système de santé, le prix des médicaments, sur la protection de l’environnement, sur les énergies vertes ou sur le transport public — entre autres — que souhaite défendre la présidence de Joe Biden d’ici la fin de 2024.

« Cela va faire toute la différence du monde », a résumé le sénateur démocrate Richard J. Durbin de l’Illinois, qui préside la commission judiciaire du Sénat, cité par le New York Times.

La victoire de Raphael Warnock donne également aux démocrates la possibilité de plus facilement contrecarrer les tentatives de ralentissement des travaux de la Chambre haute par les républicains, d’être moins assujettis au programme politique que les républicains vont tenter de définir au sein de la Chambre des représentants, d’avoir un plus grand contrôle sur les commissions d’enquête et sur la convocation de témoins…

Une voie tracée pour plus de juges progressistes

Le maintien en poste du sénateur démocrate de la Géorgie est une bonne nouvelle pour la majorité libérale au sein de la population américaine. Ce siège va permettre en effet à Joe Biden de confirmer plus facilement et plus rapidement les nominations de juges moins conservateurs au sein de l’appareil judiciaire du pays.

Il faut se rappeler que sous la présidence de Donald Trump, la majorité républicaine au Sénat a assuré sans problème la nomination de trois juges conservateurs dans la cinquantaine, à la Cour suprême, mais également permis le renouvellement de 245 juges républicains dans les tribunaux fédéraux un peu partout au pays. La plupart de ces magistrats, en raison de leur âge, vont continuer à marquer les lois et décisions politiques du pays durant les 30 à 40 prochaines années.

Depuis l’arrivée de Biden à la Maison-Blanche, les démocrates cherchent à inverser cette tendance. Ils ont déjà nommé 89 juges plus libéraux, en faisant toutefois face à la résistance de Joe Manchin. Et ils devraient pouvoir accélérer le processus en cours avec moins d’influence venant de la frange conservatrice au sein du parti.

Cette majorité pourrait également aider Joe Biden à maintenir la présence de juges libéraux à la Cour suprême, pour les prochaines années, si toutefois les juges Sonia Sotomayor, 68 ans, et Elena Kagan, 62 ans, décidaient de prendre leur retraite d’ici deux ans pour être remplacées par des juges un peu plus jeunes. Les démocrates ont été marqués en effet par le décès de Ruth Bader Ginsburg durant la présidence de Donald Trump qui a permis aux républicains avec leur majorité au Sénat de renforcer le poids conservateur du plus haut tribunal du pays. Poids qui a porté atteinte, entre autres, à la liberté de choix des Américaines quant à l’avortement au début de l’année.

Un autre camouflet pour Trump

La défaite de Herschel Walker face à Raphael Warnock est aussi une autre défaite pour l’ex-président américain et populiste Donald Trump, qui n’a pas réussi, une fois de plus, à faire passer un de ses candidats dans une des courses stratégiques de ces élections de mi-mandat.

Oui, dans l’ensemble du pays, Trump s’est tenu dans l’ombre de plus de 200 candidats républicains élus, mais tous l’ont été dans des coins du pays où ils l’auraient été, avec ou sans l’adoubement de l’ex-vedette de la réalité.

Or, dans la poignée d’États où le populiste a tenté de mettre son poids, son image et son argent pour renverser des candidats démocrates ou pour empêcher la victoire de démocrates, les urnes n’ont pas livré des résultats à la hauteur de la considération qu’il a de lui-même.

Cela a été le cas en Pennsylvanie, où le trumpiste Mehmet Oz a été défait en novembre par le démocrate John Fetterman, offrant ainsi un gain au Sénat au parti de Joe Biden.

À part le poste de sénateur de l’Ohio, remporté en novembre par le républicain J.D. Vance, les candidats soutenus par Trump, avant Herschel Walker en Géorgie lors de ce deuxième tour, ont été défaits en Arizona au poste de gouverneur et sénateur, à la tête du Michigan, au Nevada et désormais en Géorgie.

La victoire de Raphael Warnock est d’ailleurs doublement significative puisqu’elle confirme la présence du premier Afro-Américain élu sénateur dans cet État du Sud en 2020 et désormais reconduit à ce poste pour les six prochaines années.

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