Sommet de la Francophonie: «Djerba n’a pas déçu»

Après quatre ans sans sommet de la Francophonie, celui de Djerba s’est achevé dimanche. La trentaine de chefs d’État et de gouvernement présents, auxquels s’ajoutent les délégations ministérielles, se sont quittés en ayant bon espoir de se revoir cette fois dans deux ans.

« Djerba n’a pas déçu… La Tunisie n’a pas déçu », a répété la secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), Louise Mushikiwabo, à la clôture du sommet.

Une opinion partagée par le premier ministre du Québec, François Legault, qui a pris une place non négligeable dans ce sommet puisqu’il a été rapporteur de la session plénière sur le français dans le monde numérique et qu’il était l’orateur invité à l’inauguration du Forum économique francophone.

« On a bien expliqué à plusieurs pays de la Francophonie les enjeux qu’on a nous-mêmes au Québec pour la survie de notre langue », a dit le premier ministre. « On a parlé de l’importance de faire front commun pour gagner, ou ne pas perdre la bataille avec l’anglais. J’étais même surpris de voir que c’était aussi un défi en Europe et en Afrique pour plusieurs participants d’offrir une alternative, entre autres aux jeunes pour qu’ils aient l’opportunité d’avoir du contenu en français. »

Oui, dans certains pays d’Afrique il y a encore du travail à faire pour améliorer la démocratie et le respect des droits de l’homme, mais ce qui est important aussi, c’est qu’on ait la chance de rencontrer les pays de la Francophonie et de partager.

 

François Legault estime qu’on a eu raison de ne pas reporter ce sommet, comme le proposait le Canada, afin de ne pas légitimer un président qui a dissous le Parlement tunisien et fait adopter par référendum une Constitution qui lui donne les pleins pouvoirs. « Oui, dans certains pays d’Afrique, dit-il, il y a encore du travail à faire pour améliorer la démocratie et le respect des droits de l’homme, mais ce qui est important aussi, c’est qu’on ait la chance de rencontrer les pays de la Francophonie et de partager. »

Contrairement à Justin Trudeau, il a d’ailleurs rencontré dimanche matin le président tunisien, Kaïs Saïed. « J’en ai profité pour lui dire qu’on a aussi des préoccupations concernant la démocratie. Et qu’on espère que ça va bien se passer le 17 décembre », date des prochaines élections législatives.

La fierté des Tunisiens

 

Pour les Tunisiens, qui se sont présentés en masse au village de la Francophonie, le seul fait que ce sommet se soit tenu apparaît déjà comme une victoire et un élément de fierté. « La Tunisie s’est battue pour l’organisation de ce XVIIIe Sommet de la Francophonie et a gagné », titrait le journal tunisien La Presse, proche du gouvernement. Une allusion évidente à ceux qui, comme le Canada, avaient suggéré de le reporter.

« Le processus de l’OIF pour organiser un sommet dans un pays ne consiste pas à vérifier si tous les éléments démocratiques sont réunis. Et par ailleurs, tout le monde comprend aussi qu’aujourd’hui la démocratie ne va pas bien dans le monde », a déclaré au journal Le Monde la secrétaire générale de l’OIF, Louise Mushikiwabo, elle-même issue d’un pays qui n’est pas un exemple de démocratie, le Rwanda. Notons néanmoins que le Mali, le Burkina Faso et la Guinée, qui ont récemment subi des coups d’État, n’ont pas été invités à Djerba.

« Plus qu’une langue que nous partageons, la Francophonie, c’est aussi des valeurs d’ouverture et de démocratie », a répété Justin Trudeau en faisant le bilan de sa visite. Non seulement le premier ministre canadien souhaite plus de démocratie en Tunisie, mais il va jusqu’à exprimer son « espoir que les élections législatives du mois prochain vont amener une augmentation du nombre de femmes au Parlement ». Le dernier Parlement tunisien en comptait 23 %.

Mushikiwabo réélue

 

C’est sans surprise, puisqu’elle n’avait aucun concurrent, que Louise Mushikiwabo a été reconduite pour un mandat de quatre ans. L’ancienne ministre des Affaires étrangères du Rwanda avait été élue à ce poste au sommet d’Erevan, en 2018. Soucieuse de se réconcilier avec le Rwanda après des années de discorde, la France, premier bailleur de fonds de la Francophonie, avait joué un rôle déterminant dans cette élection qui se déroule toujours à huis clos et procède par consensus plutôt qu’un vote formel.

Dans ce nouveau mandat, la secrétaire générale entend aller plus loin dans certains projets, comme celui visant à favoriser l’autonomie économique des femmes en milieu rural. Une radio pour la jeunesse qui émettra dans cinq pays du Sahel devrait être bientôt lancée à Ouagadougou, au Burkina Faso. L’OIF promet aussi davantage de contenus en langue française sur Internet, même si la tâche semble énorme pour une organisation aussi modeste.

En matinée, François Legault a rencontré les représentants du MEDEF, organisation patronale française. « Il faut en faire beaucoup plus avec la France », a-t-il dit en rappelant que deux des plus grandes entreprises françaises sont associées au Québec, Airbus par l’entremise de Bombardier et Alstom, dont la Caisse de dépôt et placement est le principal actionnaire. Le premier ministre a même parlé de « doubler les échanges commerciaux » avec la France, sans préciser ni quand ni comment.

Dans deux ans, le prochain sommet se déroulera justement en France. Il aura lieu à Villers-Cotterêts, lieu symbolique où François Ier signa en 1539 la célèbre ordonnance de Villers-Cotterêts, qui imposait pour la première fois le français dans les actes officiels plutôt que le latin. Le château de Villers-Cotterêts, qui ouvrira ses portes au printemps, abrite déjà la Cité internationale de la langue française.

La chanteuse Yseult, dont les parents sont originaires du Congo, sera la marraine du prochain sommet, a annoncé le président Emmanuel Macron après l’avoir rencontrée à Djerba. Un nom qui sème déjà la polémique puisque la chanteuse, lauréate d’une Victoire de la musique en 2021, avait quitté la France avec fracas l’an dernier pour la Belgique. Elle avait alors déclaré au quotidien londonien The Guardian : « En France, je me sens blâmée parce que je suis moi-même »

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