Legault veut expliquer ses politiques linguistiques aux pays francophones

François Legault participera dimanche au Forum économique francophone qui se tient aussi à Djerba. Il devrait également rencontrer le président tunisien, Kaïs Saïed, ainsi que son homologue canadien, Justin Trudeau.
Photo: Fethi Belaid Agence France-Presse François Legault participera dimanche au Forum économique francophone qui se tient aussi à Djerba. Il devrait également rencontrer le président tunisien, Kaïs Saïed, ainsi que son homologue canadien, Justin Trudeau.

Sitôt arrivé à Djerba, où s’ouvre samedi le 18e Sommet de la Francophonie, le premier ministre François Legault a annoncé qu’il allait profiter de sa qualité de membre à part entière du Sommet, au même titre que le Canada ou la France, non seulement pour « faire la promotion du français », mais pour expliquer ses politiques linguistiques aux États membres. Le premier ministre veut contrer les « mauvaises interprétations » à l’étranger, dit-il, de la loi 96 en expliquant aux 88 pays membres de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) le contexte linguistique dans lequel vivent les Québécois.

« Notre loi 96 peut être mal interprétée […]. Je pense que c’est important avec nos partenaires francophones de bien expliquer le contexte et la situation qu’on vit entre autres à Montréal. Rappelons-nous les nouveaux chiffres sortis cet été. On est tombés en bas de la barre symbolique du 50 % » de Montréalais qui parlent français à la maison.

Le premier ministre veut surtout faire savoir aux pays francophones que le Québec « est et sera toujours un peuple accueillant. On reçoit 50 000 nouveaux arrivants chaque année. C’est plus que la France ou que les États-Unis. […] S’il y en a qui sont bien placés pour comprendre le défi qu’on a au Québec de protéger le français, c’est bien les États francophones ».

Ce sommet, qui a été reporté à deux reprises, risque d’être occupé pour le premier ministre. Non seulement François Legault participera dimanche au Forum économique francophone qui se tient aussi à Djerba, mais il devrait aussi rencontrer le président tunisien, Kaïs Saïed, ainsi que son homologue canadien, Justin Trudeau.

Loi 101 et démocratie

C’est le président qui a lui-même sollicité cette rencontre, dit-il. On sait qu’Ottawa avait songé à demander un report du sommet après qu’en juillet 2021, Kaïs Saïed eut suspendu le Parlement, avant de le dissoudre, et fait adopter par référendum une Constitution qui lui donne les pleins pouvoirs.

François Legault entend aborder ces questions sans pour autant « pointer du doigt » la Tunisie, dit-il, mais en disant « que pour nous, c’est important ». Évoquant les élections législatives qui se tiendront le 17 décembre prochain, il dit vouloir « laisser sa chance au coureur […] On n’ira pas s’en mêler, mais on va quand même mentionner que la démocratie et les droits de l’homme, c’est important pour nous ».

Le premier ministre québécois nie toute concertation avec Ottawa sur ces questions. Vendredi, il n’a pas été possible de savoir si Justin Trudeau rencontrerait lui aussi Kaïs Saïed lors de son arrivée samedi.

Finalement, même si les détails de cette rencontre restaient vendredi à préciser, il semble bien que la première rencontre entre Justin Trudeau et François Legault depuis la réélection de ce dernier aura lieu en terre tunisienne. Le premier ministre québécois souhaite s’entretenir non seulement de la francophonie, mais surtout de l’application de la loi 101 aux entreprises du Québec à charte fédérale. « Moi, je veux que monsieur Trudeau comprenne qu’à 48 % de francophones sur l’île de Montréal, la situation est inquiétante et qu’il va falloir poser des gestes ensemble. »

S’il a le temps, François Legault parlera aussi des transferts en santé. « Il est temps que le gouvernement fédéral augmente sa part. On est à 22 % […]. C’est une demande unanime des provinces. » Concernant les orientations de l’OIF, François Legault considère qu’il n’y a pas de divergences avec Justin Trudeau.

Contenus francophones

Vendredi soir, le premier ministre québécois a d’ailleurs rencontré la secrétaire générale de l’OIF, Louise Mushikiwabo, dont la réélection semble assurée puisqu’aucune opposition ne s’est manifestée. Malgré les critiques publiques concernant la faiblesse de ses interventions dans la défense de la langue française, François Legault se dit satisfait de son travail. « Quand on regarde ce qu’elle a fait, il y avait comme un ménage à faire, dit-il. Elle a amélioré les processus. On ouvre un bureau au Québec, c’est une bonne nouvelle pour nous. Des missions économiques ont été organisées. »

Lors de cette rencontre, le premier ministre a évoqué le numérique, qui est le thème officiel du sommet. « Je pense qu’on doit en faire plus, y compris la France, le Québec, la Belgique et la Suisse, pour développer du contenu francophone, donc travailler à faire la promotion du français. S’assurer que le français prenne sa place et qu’on ne laisse pas toute la place à l’anglais. » Il se dit prêt à joindre le geste à la parole et « à investir davantage dans le développement de contenus francophones ».

Dès son arrivée, François Legault a rencontré le ministre-président de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Pierre-Yves Jeholet. Il s’est aussi entretenu avec Hichem Elloumi, un homme d’affaires tunisien fondateur de Coficab, un chef de file dans la fabrication de câbles électriques destinés à l’industrie automobile.

Dimanche, le premier ministre devrait intervenir au Forum économique francophone. Le Québec y est représenté par une vingtaine de gens d’affaires, dont plusieurs sont membres de la Jeune Chambre tunisienne du Québec.

Alors qu’une soixantaine de chefs d’État ou de gouvernement commençaient à atterrir, les forces de l’ordre ont repoussé des manifestants de la petite ville de Zarzis qui tentaient de pénétrer sur l’île de Djerba par le seul lien terrestre qui la relie au continent. Ces familles exigent des informations concernant la disparition d’une embarcation de migrants survenue le 21 septembre dernier et dont un certain nombre de victimes n’ont toujours pas été identifiées.

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