Le retour sur scène imminent de Donald Trump

Vendredi dernier, le conseiller de longue date de Donald Trump Jason Miller a confirmé que l’ex-président allait annoncer mardi soir « qu’il se présenterait à la présidentielle » de 2024.
Photo: Joe Raedle Getty Images via Agence France-Presse Vendredi dernier, le conseiller de longue date de Donald Trump Jason Miller a confirmé que l’ex-président allait annoncer mardi soir « qu’il se présenterait à la présidentielle » de 2024.

Persuadé qu’il a mené ses troupes à « une très grande victoire » lors des élections de mi-mandat qui se sont tenues la semaine dernière aux États-Unis, et ce, même si les résultats des urnes témoignent du contraire, Donald Trump se préparerait à officialiser mardi soir sa candidature pour la présidentielle de 2024. Deux ans avant cette prochaine échéance électorale.

Une « annonce spéciale » dont l’ex-président cherche à faire monter l’expectative depuis plusieurs jours, mais qui est loin de faire l’unanimité au sein même du Parti républicain, où plusieurs voix se font désormais entendre pour appeler plutôt à rompre avec le populisme, tenu en partie responsable des résultats mitigés du dernier scrutin pour le parti de l’opposition.

« Les électeurs se sont exprimés et ils ont dit qu’ils voulaient un autre dirigeant. Ils ont envoyé un message clair [en disant] : assez, c’est assez », a résumé la semaine dernière la lieutenante-gouverneure de la Virginie, Winsome Earle-Sears, sur les ondes de Fox Business. Par le passé, l’élue républicaine a été une ardente supportrice de l’ex-président, en codirigeant, entre autres, le groupe Black Americans, qui cherchait à mobiliser le vote afro-américain en faveur du magnat de l’immobilier lors de la présidentielle de 2020. « Un vrai leader comprend qu’il est temps de quitter la scène, a-t-elle ajouté. Et ce moment où il faut passer à autre chose vient d’arriver. »

Vendredi dernier, le conseiller de longue date de Donald Trump Jason Miller a confirmé à l’extrémiste et complotiste Steve Bannon pendant son podcast radical War Room que l’ex-président allait annoncer mardi soir, depuis sa résidence floridienne de Mar-a-Lago, « qu’il se présenterait à la présidentielle » de 2024. « Ça va être une annonce très professionnelle, très soignée », a-t-il ajouté.

Les républicains s’attendaient à une vague rouge — de la couleur de leur parti — sur l’appareil législatif américain, chose qui ne s’est pas produite. Cette impulsion du moment était aussi attendue par Donald Trump pour donner du carburant au lancement de sa campagne pour la prochaine présidentielle.

Après la défaite de 2020 et les résultats de 2022, les républicains devraient en avoir assez de Trump, dont le comportement leur retire la victoire de la bouche

 

« Les élections de mi-mandat ont été très mauvaises pour Donald Trump », commente en entrevue Michael Behrent, professeur d’histoire à l’Appalachian State University en Caroline du Nord, spécialiste de la pensée politique américaine. « Non seulement plusieurs candidats qu’il avait personnellement adoubés, comme Don Bolduc au New Hampshire ou Mehmet Öz en Pennsylvanie, ont été battus, mais les républicains ayant pris leur distance de Trump ont souvent réalisé, à l’intérieur d’un même État, de meilleurs scores que les candidats du trumpisme. »

En Géorgie, à titre d’exemple, le gouverneur républicain, Brian Kemp, a été réélu avec 53,4 %, alors que l’aspirant au siège de sénateur pour le parti, Herschel Walker, choix de l’ex-président, n’a recueilli que 48,5 % des voix, derrière le démocrate Raphael Warnock, avec qui il va devoir recroiser le fer le 6 décembre, lors d’un deuxième tour.

De solution à problème

« Les élections de 2022 ont sérieusement affaibli la capacité de Donald Trump à obtenir l’investiture présidentielle républicaine pour 2024, estime le stratège politique républicain Gary Sasse, joint par Le Devoir au Rhode Island. Ses interventions dans les primaires ont anéanti les chances du Parti républicain de prendre le contrôle du Sénat. Il est maintenant plus qu’évident pour une majorité de républicains que Donald Trump est motivé par des intérêts personnels idiosyncrasiques et non par le bien du parti ou même l’intérêt public. »

Il ajoute : « Après la défaite de 2020 et les résultats de 2022, les républicains devraient en avoir assez de Trump, dont le comportement leur retire la victoire de la bouche. Faire entrer dans la course un candidat dont seulement 35 à 39 % des Américains ont une opinion favorable actuellement serait une grave erreur politique. »

La semaine dernière, plusieurs proches de l’ex-président ont tenté de le dissuader de se lancer hâtivement dans la présidentielle de 2024, au regard du portrait politique livré par les urnes lors des élections de mi-mandat. Joe Biden a offert une résistance inattendue : en vingt ans, aucun président américain n’avait réussi à sauver les meubles à ce point lors de ce scrutin pourtant historiquement défavorable à l’occupant de la Maison-Blanche et son parti. Particulièrement lorsqu’il s’agit d’un démocrate.

L’ex-attachée de presse Kayleigh McEnany estime que le populiste devrait attendre après le deuxième tour du vote en Géorgie avant de mettre en marche sa campagne. « Les élections de 2022 ne sont pas terminées, a-t-elle dit sur les ondes de Fox News. Toute l’énergie républicaine doit être mise à contribution pour bloquer le programme politique de Biden, et cela pourrait passer directement par l’État de Géorgie. »

« À mon avis, si Trump annonce son intention de se présenter mardi soir, une telle action va avoir un impact négatif sur Herschel Walker et ses chances de remporter le siège du Sénat en Géorgie », ajoute Gary Sasse.

Des critiques frontales

Dans les cercles conservateurs, les critiques de Donald Trump n’ont désormais plus peur de se faire entendre publiquement et frontalement. Jeudi dernier, le New York Post, un tabloïd pourtant très à droite et derrière Trump depuis des années, l’a caricaturé sur sa première page en Humpty Dumpty, personnage issu d’une chansonnette anglophone datant du XVe siècle, incarnation d’un irrémédiable perdant en forme d’oeuf. « Don […] a fait une grande chute », était-il écrit. « Est-ce que tous les hommes [sic] du Parti républicain peuvent ramener le parti ensemble ? »

Dans un éditorial cinglant, le Wall Street Journal, propriété du magnat de la presse Rupert Murdoch, qui a accompagné l’ascension du populiste depuis 2016, entre autres avec son réseau de télévision Fox News, a qualifié l’ex-président de « plus grand perdant du Parti républicain ».

« Depuis sa victoire improbable en 2016 contre la très détestée Hillary Clinton, M. Trump a un bilan parfait de défaite électorale, peut-on lire. […] Il a conduit les républicains d’un fiasco politique à un autre. »

« Ce que les résultats de mardi soir indiquent, c’est que Trump est peut-être devenu le répulsif électoral le plus important de l’histoire moderne américaine, a écrit le chroniqueur conservateur John Podhoretz dans les pages du New York Post. Le moyen le plus sûr de perdre à ces élections de mi-mandat était d’être un candidat soutenu par Trump. Il est temps que même ses partisans acceptent la vérité : Toxic Trump est l’équivalent politique d’une bombe [d’insecticide] Raid. »

Pour le président des républicains du comté de Summit en Ohio, Bryan C. Williams, la candidature de Donald Trump est une chose, « mais elle est loin de lui assurer une victoire lors d’éventuelles primaires », a-t-il commenté il y a quelques jours en entrevue dans son bureau situé à Akron, dans le coeur de la Rust Belt américaine. « Trump a deux types de supporteurs, ceux qui le soutiennent lui et ceux qui le soutiennent pour donner le pourvoir au Parti républicain. Or, ce deuxième groupe est de moins en moins enclin à se porter à sa défense. »

Une mesure de l’opinion réalisée au lendemain du scrutin, la semaine dernière, par YouGov indique que les républicains semblent désormais davantage croire en Ron DeSantis (42 %), le gouverneur de la Floride, qu’en Donald Trump (35 %) pour porter les couleurs du Parti républicain lors de la prochaine présidentielle. Une première depuis la défaite du populiste en 2020.

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