Un G20 sous tension à Bali

Le président américain, Joe Biden, descendant d’Air Force One à son arrivée à l’aéroport international Ngurah Rai de Denpasar, sur l’île indonésienne de Bali, pour se rendre au sommet du G20
Saul Loeb Agence France-Presse Le président américain, Joe Biden, descendant d’Air Force One à son arrivée à l’aéroport international Ngurah Rai de Denpasar, sur l’île indonésienne de Bali, pour se rendre au sommet du G20

Lundi, Justin Trudeau se rendra à Bali, en Indonésie, pour rencontrer ses homologues du G20. Il participera à un sommet particulièrement tendu cette année, étant donné que la guerre en Ukraine ne montre aucun signe de désescalade et que la Chine se fait toujours plus hostile envers les pays du Nord.

« Le G20 représente l’une des meilleures occasions annuelles, pour les dirigeants présents, de prendre des résolutions significatives pour l’année à venir », estime Greg Robinson, professeur au Département d’histoire de l’UQAM et chercheur à la Chaire Raoul-Dandurand. Ce sont donc 19 pays à l’économie développée ou émergente, en plus de l’Union européenne, qui y participeront. Le Sommet des présidents de parlement du G20 aura lieu mardi et mercredi.

Pour Justin Trudeau, ces prochains jours à Bali seront l’occasion de presser ses homologues d’isoler la Russie en contexte de guerre en Ukraine, ainsi que de renforcer ses liens — économiques et diplomatiques — avec les pays démocratiques en voie de développement, pour pallier les relations plus difficiles entre le Canada et la Chine.

Rappelons qu’en octobre dernier, lors d’une conférence à Washington, Chrystia Freeland, vice-première ministre du Canada, avait proposé aux démocraties du monde de « tracer ensemble » une « nouvelle voie économique » afin d’isoler la Chine, entre autres à cause de ses violations des droits de la personne.

Mélanie Joly, ministre canadienne des Affaires étrangères, et Justin Trudeau ont par la suite réitéré leur souhait de continuer à entretenir des relations économiques avec la Chine, tout en la condamnant sur le plan des droits de la personne.

De passage au Cambodge en fin de semaine afin d’annoncer une collaboration économique accrue avec les pays de l’Asie du Sud-Est, M. Trudeau a notamment promis qu’il interpellerait la Chine sur son traitement de la minorité ouïgoure, lors du G20.

« C’est comme ça qu’on va maintenir la position du Canada comme un vrai joueur mondial. Voilà pourquoi on est ici aujourd’hui, pourquoi on va être au G20 en Indonésie demain, et pourquoi on va participer au sommet de l’APEC [Coopération économique pour l’Asie-Pacifique] en Thaïlande », a-t-il déclaré, dimanche, en conférence de presse.

La guerre en Ukraine au premier plan

L’élément le plus contentieux à l’ordre du jour des dirigeants du G20 demeure sans doute la guerre en Ukraine, d’autant plus que les États-Unis et la Chine adoptent des postures différentes sur ce plan. « Renforcé par la victoire des démocrates au Sénat, Joe Biden sera plus en mesure d’encourager les Européens à tenir tête à la Russie et à soutenir l’Ukraine », explique M. Robinson.

Le pouvoir chinois sera, toutefois, lui aussi « renforcé », explique le professeur, étant donné que le président chinois, Xi Jinping, vient de confirmer son troisième mandat à la tête du pays. La Chine, alliée de la Russie, demeure beaucoup plus discrète, voire gênée, quant à la guerre en Ukraine, dit-il.

M. Robinson estime donc que le G20 représente une occasion importante pour Joe Biden de consolider des appuis pour l’Ukraine, d’autant plus que des appuis de la part des États-Unis demeurent eux-mêmes fragilisés par des résultats incertains pour le Congrès américain aux élections de mi-mandat. « Si les républicains prennent la Chambre des représentants, il y aura plus de pression, au sein du pays, contre le financement de la guerre », dit-il.

Vladimir Poutine sera assurément « l’éléphant dans la pièce » lors des rencontres des dirigeants du G20. Absent, il sera remplacé par son ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov. Selon M. Robinson, les pays du G20, surtout les Européens, redoubleront d’efforts, lors du sommet, pour réparer les dommages causés par la guerre, que M. Poutine a enclenchée il y a maintenant plus de huit mois.

« L’Europe est quand même dans l’ombre de cette guerre, affirme M. Robinson. Au début, on voulait s’opposer à l’invasion, maintenant, on va se demander comment maintenir les infrastructures essentielles, comment sauver l’économie, à quel point envoyer de l’aide à l’Ukraine et éventuellement comment entamer des pourparlers pour la paix. Même les pays qui ont des gouvernements de droite, comme l’Italie, soutiennent maintenant l’Ukraine. »

Des impasses avec la Chine

Alors que plusieurs craignent toujours une invasion chinoise à Taïwan, plusieurs pays démocratiques — dont le Canada — se heurtent à des impasses dans leurs demandes à Xi Jinping. M. Biden a entre autres déclaré qu’il exhorterait le président chinois à maîtriser la Corée du Nord, qui a maintes fois brandi la menace nucléaire dans les derniers mois. Les deux hommes se rencontreront pour la première fois en personne en tant que chefs d’État, lundi.

« La Chine n’a aucun intérêt à intervenir en Corée du Nord et à répondre aux demandes de Joe Biden sur ce point, nuance toutefois M. Robinson. Si jamais un conflit entre les États-Unis et la Corée du Nord éclatait, ça provoquerait une énorme crise pour la Chine. »

Selon le professeur, il sera aussi question, au G20, des tarifs douaniers imposés par les États-Unis à la Chine, lors du mandat de Donald Trump : « Biden a tenu à garder les tarifs pour le moment, mais ils pourraient servir de monnaie d’échange à un moment donné. »

« On joue à un jeu difficile avec la Chine, le Canada inclus […], ajoute M. Robinson. La Chine pourrait être de plus en plus agressive, ça reste à voir. Par exemple, quand Nancy Pelosi a visité Taïwan, la Chine a riposté avec des menaces militaires. »

Ainsi, bien que le climat risque d’être tendu dès lundi, au G20, l’urgence d’une collaboration internationale sur la guerre, l’économie, et le climat semble quant à elle plus claire que jamais.

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