La Russie se retire de l’accord sur les céréales

Un cargo chargé de céréales en cours d’inspection au large des côtes d’Istanbul, lundi
Ozan Kose Agence France-Presse Un cargo chargé de céréales en cours d’inspection au large des côtes d’Istanbul, lundi

Le départ de cargos chargés de céréales ukrainiennes, au centre d’un enjeu mondial de sécurité alimentaire, a été suspendu mardi soir après que Vladimir Poutine a exigé des garanties que ce couloir de navigation ne sera pas utilisé pour attaquer la flotte russe, en pleine guerre contre l’Ukraine.

Ces exigences, exprimées lors d’entretiens mardi avec le président turc, Recep Tayyip Erdogan, font écho à des attaques de drones marins, non revendiquées à ce stade par l’Ukraine, qui ont frappé samedi des bâtiments de la flotte militaire russe dans la baie de Sébastopol, en Crimée, en touchant au moins un.

La Russie a lancé en retour lundi une vague de frappes massives de missiles de croisière sur Kiev et sur les infrastructures civiles du pays et a annoncé dès samedi qu’elle se retirait de l’accord qui permettait l’exportation des millions de tonnes de céréales ukrainiennes via le Bosphore.

À l’unisson des alliés occidentaux et des Nations unies, le président français, Emmanuel Macron, a dénoncé mardi « une décision unilatérale de la Russie qui nuit de nouveau à la sécurité alimentaire mondiale », à l’issue d’un entretien avec son homologue ukrainien, Volodymyr Zelensky.

Celui-ci a de son côté souligné la volonté de Kiev de continuer ses exportations dans le cadre de l’accord céréalier et a demandé à la France de l’aider à se protéger contre les attaques de missiles russes.

Dans la journée, le président Erdogan, qui a usé de ses liens préservés tant avec Moscou qu’avec Kiev pour se placer en garant, avec l’ONU, de l’accord de juillet sur l’exportation des céréales ukrainiennes — notamment à destination du monde musulman et africain —, s’était dit « confiant » quant aux chances de parvenir à une solution, après un entretien avec Vladimir Poutine.

Le Kremlin a toutefois refroidi ces espoirs en annonçant de son côté que l’accord ne pourrait reprendre effet que si Kiev présentait des « garanties réelles […] que le corridor humanitaire ne sera pas utilisé à des fins militaires ».

En conséquence, le centre de coordination conjointe (JCC) basé en Turquie, et chargé de l’application de l’accord en mer Noire, a annoncé mardi soir la suspension de tous les mouvements de cargos mercredi.

Selon « le secrétariat des Nations unies au centre de coordination conjointe, les délégations d’Ukraine, de Russie et de Turquie se sont accordées pour ne pas planifier de mouvement de cargos le 2 novembre au titre de l’Initiative pour les céréales en mer Noire », a indiqué le JCC dans un communiqué.

La Russie avait mis en garde lundi contre le « danger » qu’encourraient les cargos poursuivant sans son accord la navigation dans le couloir menant des ports ukrainiens au Bosphore et vers la Méditerranée.

Le coordinateur de l’ONU Amir Abdullah avait réagi en soulignant sur Twitter qu’aucun cargo civil ne devait « devenir une cible militaire, ni être retenu en otage ». « L’alimentation doit passer », avait ajouté le responsable soudanais.

Contre-offensive ukrainienne

 

Sur le terrain militaire, alors que c’est au sud, dans la région de Kherson, que les forces russes attendent depuis des semaines le lancement d’une attaque ukrainienne massive, un début de contre-offensive ukrainienne se dessinait sur le front est, plus au nord, ont déclaré mardi à l’AFP des soldats engagés dans ce secteur, confirmant des déclarations des autorités ukrainiennes.

« La tendance est bonne, effectivement, de notre côté, la ligne de front a avancé vite et bien », a confirmé, depuis une position du village de Zarichne, un officier des forces spéciales de l’armée ukrainienne, répondant au nom de code « Iva », en opération sur ce front.

À Kiev, après des frappes destructrices lundi, l’approvisionnement en eau et en électricité a été rétabli mardi.

L’approvisionnement « a été entièrement rétabli », a déclaré le maire de Kiev, Vitali Klitschko, alors que près de 80 % des habitants de la capitale se trouvaient sans eau et 350 000 foyers sans courant.

La Russie multiplie depuis début octobre les frappes de drones et de missiles contre les systèmes d’eau et d’électricité des villes ukrainiennes.

Les sirènes antiaériennes ont de nouveau retenti dans la ville dans la matinée. Selon l’armée ukrainienne, la Russie a lancé lundi 55 missiles de croisière, 22 missiles antiaériens S-300 et des drones de combat pour une vague de frappes à travers le pays.

Alors que Moscou et Téhéran continuent de nier des livraisons de drones de combat iraniens à l’armée russe, les États-Unis se sont dits mardi « préoccupés » par la potentielle livraison cette fois de missiles sol-sol iraniens devant compléter les stocks déclinant de la Russie.

Les autorités d’occupation russe de la région de Kherson, au sud, ont de leur côté annoncé de nouvelles évacuations, par milliers, d’habitants de cette zone vers l’est, après avoir transféré près de 70 000 personnes la semaine dernière.

« J’ai décidé d’étendre la zone d’évacuation de 15 kilomètres à partir du Dniepr », a déclaré le gouverneur installé par Moscou à Kherson, Vladimir Saldo, dans une allocution publiée sur Telegram.

L’Ukraine dénonce ces évacuations, qu’elle considère comme une « déportation » des habitants.

Ailleurs sur le front, la présidence ukrainienne a rapporté des attaques russes de drones dans les régions de Poltava et de Dnipropetrovsk, dans le centre du pays, et de missiles sur plusieurs autres localités.

 

Cinq civils ont été tués et neuf blessés au cours des dernières 24 heures en Ukraine, selon le chef adjoint de la présidence, Kyrylo Tymochenko.

À Bakhmout, l’un des points chauds du front dans l’est de l’Ukraine, les journalistes de l’AFP ont constaté des tirs d’artillerie, alors que les combats pour cette ville sans grande valeur stratégique font rage depuis plus de quatre mois.

« C’est la guerre totale. Totale, car nous utilisons tout », a dit le sergent répondant au nom de guerre « Petrokha », qui décrit une intensité de feu inédite depuis la Deuxième Guerre mondiale.

Avec Daphnée Rousseau à Bakhmout

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