L’accord sur les exportations de céréales ukrainiennes suspendu par la Russie

L’accord céréalier a permis l’exportation de millions de tonnes de céréales coincées dans les ports ukrainiens depuis le début du conflit en février.
Oleksandr Gimanov AFP L’accord céréalier a permis l’exportation de millions de tonnes de céréales coincées dans les ports ukrainiens depuis le début du conflit en février.

La Russie a suspendu samedi l’accord sur les exportations de céréales des ports ukrainiens, vitales pour l’approvisionnement alimentaire mondial, que l’Ukraine et les États-Unis ont accusé de prendre en otage.

Moscou assure que cette décision a été prise après une attaque de drones sur ses navires.

 

L’Ukraine a dénoncé « un faux prétexte » et appelé à faire pression pour que la Russie « s’engage à nouveau à respecter ses obligations » pour cet accord conclu en juillet sous égide de l’ONU et de la Turquie, le seul entre Moscou et Kiev depuis le début du conflit.

Dans sa vidéo quotidienne postée sur Internet, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a affirmé « que cette décision ne datait en fait pas d’aujourd’hui ».

« La Russie a commencé à aggraver la pénurie mondiale de nourriture en septembre, quand elle a commencé à bloquer les mouvements des navires transportant nos productions agricoles », a-t-il affirmé.

« Il s’agit d’une intention transparente de la Russie de faire peser à nouveau le spectre d’une famine à grande échelle en Afrique et en Asie », a-t-il ajouté. Selon lui, au moins 176 navires transportant plus de deux millions de tonnes de céréales étaient déjà bloqués par Moscou.

« Une réponse internationale vigoureuse est nécessaire. Au niveau de l’ONU et en particulier au niveau du G20 », auquel la Russie ne devrait plus être admise, a-t-il ajouté.

Une source sécuritaire turque a toutefois indiqué samedi soir à l’AFP que « la Turquie n’a pas été officiellement notifiée » par Moscou de son retrait de l’accord.

Le président américain Joe Biden a jugé « scandaleuse » la décision de la Russie.

« C’est juste scandaleux. Il n’y avait aucune raison pour eux de faire cela », a-t-il déclaré à la presse après avoir voté par anticipation aux élections de mi-mandat dans son fief de Wilmington, dans le Delaware (est).

La porte-parole du Conseil de sécurité nationale de la Maison-Blanche avait auparavant accusé la Russie de se servir de « l’alimentation comme d’une arme ».

« La Russie essaie encore une fois d’utiliser la guerre qu’elle a initiée comme prétexte pour se servir de l’alimentation comme d’une arme, ce qui affecte directement des pays dans le besoin et les prix des denrées alimentaires à travers le monde », a déclaré Adrienne Watson.

L’accord céréalier a permis l’exportation de millions de tonnes de céréales coincées dans les ports ukrainiens depuis le début du conflit en février. Ce blocage avait provoqué une flambée des prix alimentaires, faisant craindre des famines.

L’ONU, garant de l’accord, a appelé à le préserver, soulignant qu’il avait un « impact positif » pour l’accès à l’alimentation de millions de personnes à travers le monde.

Le président russe Vladimir Poutine a multiplié les critiques envers cet accord ces dernières semaines, soulignant que les exportations de la Russie, autre producteur céréalier majeur, souffraient à cause des sanctions.

Moscou a justifié cette suspension par une attaque de drones qui a visé samedi matin la flotte russe de la mer Noire stationnée dans la baie de Sébastopol, en Crimée annexée.

 

« Compte tenu de l’acte terroriste réalisé par le régime de Kiev avec la participation d’experts britanniques contre des navires de la flotte de la mer Noire et des navires civils impliqués dans la sécurité des couloirs céréaliers, la Russie suspend sa participation à la mise en oeuvre de l’accord sur les exportations des produits agricoles des ports ukrainiens », a annoncé le ministère russe de la Défense sur Telegram.

Face à ces accusations, la Défense britannique a réagi en dénonçant de « fausses informations » destinées à « détourner l’attention ».

« Histoire inventée »

Selon les autorités russes, l’attaque a eu lieu au petit matin samedi avec « neuf véhicules aériens sans pilote et sept drones maritimes autonomes », provoquant des « dégâts mineurs » sur un navire dragueur de mines et sur le barrage de confinement de la baie de Sébastopol.

« La préparation de cet acte terroriste et la formation du personnel militaire du 73e centre ukrainien des opérations maritimes spéciales ont été menées par des spécialistes britanniques basés à Otchakov, dans la région de Mykolaïv en Ukraine », a indiqué le ministère russe de la Défense sur Telegram.

Moscou a aussi accusé Londres d’être impliqué dans les explosions ayant endommagé en septembre les gazoducs russes Nord Stream 1 et 2 en mer Baltique et promis de soumettre la question au Conseil de sécurité de l’ONU.

« La Russie a demandé à plusieurs reprises une enquête conjointe sur les attaques […]. Le fait que les pays occidentaux aient refusé cette proposition le confirme : ils ont quelque chose à cacher », a déclaré la porte-parole de la diplomatie russe Maria Zakharova dans un communiqué.

Le ministère britannique de la Défense a dénoncé une « histoire inventée » par la Russie pour « détourner l’attention de sa gestion désastreuse de l’invasion illégale de l’Ukraine ».

« Aggravé les problèmes »

Peu avant l’annonce de la suspension de l’accord céréalier, le ministre russe de l’Agriculture avait une nouvelle fois critiqué le texte, accusant les pays de l’UE de s’approprier les exportations ukrainiennes devant revenir aux pays pauvres. Ces allégations avaient précédemment été démenties par le centre de coordination situé en Turquie.

« L’accord sur les céréales, malheureusement, non seulement n’a pas permis de résoudre les problèmes des pays dans le besoin, mais les a même aggravés dans un certain sens », a déclaré Dmitri Patrouchev.

En Ukraine, sur le front sud, des journalistes de l’AFP ont assisté à des combats d’artillerie dans le village de Kobzartsi, la dernière localité côté ukrainien avant la ligne de contact avec les Russes.

« Ça peut mal tourner par là. Mais nous savons qu’ils souffrent bien plus de leur côté que du nôtre », a assuré un soldat ukrainien, Oleksiï, la vingtaine.

Les deux camps se préparent dans cette zone pour la bataille pour la ville de Kherson, la capitale régionale, d’où les autorités d’occupation ont évacué des dizaines de milliers de civils, ce que l’Ukraine a qualifié de « déportations ».

À voir en vidéo